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L’objectif de ce site est de partager des ressources et de mettre en lien des personnes qui désirent participer à la construction d’un cours de religion catholique adapté à la réalité et aux défis de la société belge francophone du XXIe siècle.

À la lecture de ce qui se dit dans les médias sur les cours de religion et les religions au sens large, au fil de mes rencontres avec les étudiants, futurs professeurs  de religion, avec les acteurs de terrain, avec mes élèves du secondaire, je retiens principalement deux défis de société face auxquels le cours de religion me paraît l’un des outils les mieux adaptés.

 

La convivialité, le vivre-ensemble

« Le cours de religion sépare les élèves sur la base de leurs convictions. » « L’affirmation d’une identité religieuse implique le rejet de ceux qui ne partagent pas mes convictions. »

Ce n’est pas mon avis. Et surtout, ce n’est pas mon expérience. Non pas que je nie que de tels lieux d’enfermement existent. Mais ce n’est ni ce que j’ai vécu dans mes propres cours, ni ce que mes étudiants, les professeurs de demain, désirent vivre.

Plus que jamais, le cours de religion doit être un lieu de rencontre, de dialogue, de découverte émerveillée de l’autre. Pour moi, la compétence du programme de religion du secondaire « pratiquer le dialogue interreligieux et interconvictionnel » devient l’une des compétences principales du cours d’aujourd’hui. Ceci de deux manières : en tant qu’outil pédagogique incontournable, et comme un but en soi.

  1. C’est justement parce que mon voisin de classe ne partage pas mon opinion sur tel ou tel sujet que je prends conscience de la relativité de mon savoir et de mes convictions. Je suis donc amené à la réfléchir en profondeur. Aussi, apprendre aux enfants à écouter les autres ne peut que les enrichir de nouveaux horizons. Ce n’est pas par la pensée dogmatique que l’on sortira les enfants d’une autre pensée dogmatique (qu’elle soit reçue des parents, de leur communauté religieuse, des médias). Attention au piège qui consisterait, dans l'enseignement officiel, à croire qu'il n'y a pas de diversité d'opinion parce que les parents ont choisi une option philosophique particulière. Dans ces classes comme ailleurs, la diversité est une richesse qu'il convient de respecter et d'entretenir.

  2. Pratiquer le dialogue est un objectif en soi : apprendre aux enfants à rendre compte de leur opinion et de celle des autres. Leur apprendre, non pas à se défendre, mais à rechercher dans la réponse différente de l’autre ce qui m’enrichit, ce dont je ne pouvais avoir conscience sans lui. Leur permettre de découvrir avec joie la source inépuisable d’interpellation et de richesse que sont les autres. C’est découvrir la chance de n’être pas seul, le bonheur de la fraternité humaine.

  3. Il est sans doute important de favoriser des moments de rencontre entre cours philosophiques différents lorsque plusieurs d'entre eux sont organisés à l'intérieur d'un même établissement. Outre la richesse de la rencontre, ces moments seront l'occasion de montrer symboliquement que l'affirmation de ses convictions n'empêche pas le dialogue. Au contraire, elle en serait la base inévitable. De tels moments de rencontre permettront de se rendre compte que la ligne de fracture d'opinion n'est pas toujours là où l'on croit (je peux me sentir plus proche du camarade d'une autre option philosophique que de certains élèves de ma classe) ; ils permettront aussi aux élèves de réaliser un projet commun en étant à la fois tous égaux et tous différents.

 

Dans ce contexte, la compétence « pratiquer le raisonnement philosophique » devient un outil incontournable pour apprendre à rendre compte de son opinion et comprendre celle des autres. L’enfant ne sera pas tenu d’adopter telle ou telle pensée (ou de faire semblant !). On éveillera en lui la capacité de dire : « Ce que tu dis m’intéresse et me sort de moi-même ; seras-tu prêt à m’écouter en retour ? »

 

Quoi qu’il en soit, la diversité est présente dans la classe (et en chacun de nous). La nier, c’est nier les élèves. C’est non  seulement déplorable d’un point de vue humain, mais tout aussi contre productif d’un point de vue pédagogique. Comment puis-je espérer être entendu de quelqu’un que je refuse d’écouter ? « Si je diffère de toi, je t’augmente », disait Antoine de Saint-Exupéry.

 

Refuser le réductionnisme matérialiste et ouvrir aux valeurs chrétiennes

La condition de réussite pédagogique de ce deuxième point est fondée sur l’ouverture d’esprit réelle de l’enseignant. Sa réelle volonté de rentrer, lui aussi, dans un dialogue interconvictionnel. Comment puis-je demander aux élèves de prendre en compte le message de l’évangile, si c’est après avoir dénigré leurs propres valeurs et celles de leurs parents ?

Dans ce dialogue, l’enseignant devient l’occasion pour les enfants de découvrir l’originalité du christianisme, l’appel radical de l’évangile. La priorité aux plus faibles, la dimension oblative de la vie, l’accueil de la grâce et l’espérance sont autant de valeurs chrétiennes qui peuvent et doivent remettre en question les autres convictions actuelles. Les compétences liées à la lecture de la Bible et à la découverte des rites et symboles chrétiens sont au service de cet objectif.

Aussi, face à une lecture matérialiste consumériste de la vie qui réduit l’homme à un animal jouissif, le cours de religion est l’occasion d’interpeller les élèves sur les dimensions symbolique, sociale, spirituelle et solidaire de la vie. Apprendre à retrouver ou à donner du sens à nos gestes humains devient une urgence pour les jeunes d’aujourd’hui. De même, il nous faut refuser le déterminisme et critiquer les constructivismes radicaux. Au service de la dignité humaine et de sa liberté.

Cependant, dans un réel esprit de dialogue, l’enseignant n’attendra pas des élèves une adhésion au message chrétien. Plus encore, il acceptera d’entendre les remises en question de ce message par les enfants. Parfois même, il les suscitera lui-même par l’apport de documents faisant part d’opinions divergentes.

C’est à la complexité de la vie que le cours de religion ouvre, dans une attitude d’humilité et de démaîtrise qui me paraît profondément chrétienne.

 

« Vrais » et « faux » cours de religion

Parfois, il arrive que des croyants soient déçus par l’aspect à leurs yeux peu « chrétien » des cours de religion actuels. C’est qu’ils pensent que l’on peut approcher le mystère chrétien sans aucun préalable, que chaque enfant lui est naturellement ouvert. Avec Maurice Zundel (1973), je ne pense pas que ce soit le cas.

Si vous n'êtes pas travaillé par ce problème, laissez Dieu de côté, ça ne signifie rien ! Toute la misère du monde, c'est que l'homme n'existe pas ! Il ne peut être question de Dieu qu'à partir du moment où l'on a commencé à se faire homme.

Il est capital de prendre conscience de cette réalité : l'hom­me n'existe pas, ce n'est pas sa nature charnelle ou sa naissance charnelle qui lui donne d'exister. Comment peut-il dire « je » et « moi » tant qu'il n'a absolument rien créé de personnel ? La découverte de son intériorité est une vocation, elle n'est pas encore une réa­lité, et cette découverte est difficile.

Ainsi, travailler la dimension spirituelle et symbolique de l’homme, sa liberté créatrice, ce n’est pas esquiver la dimension chrétienne du cours, c’est en poser les bases nécessaires.

Regarder « l'homme Jésus » à l'œuvre, ce n'est pas réduire le christianisme ou oublier « Dieu ». Qui est le dieu des chrétiens sinon cet homme, Jésus ? Découvrir en Jésus un homme pleinement accompli, ce n'est pas là quitter le cours de religion. Oublier que cet homme, et avec lui l'humanité toute entière, ne se réduit pas à sa dimension matérielle et existentielle, lui refuser l'ouverture à la transcendance, voilà ce qui peut rendre le cours de religion obsolète.

 

Une pédagogie ancrée dans la réalité du monde et dans la vie des enfants

Enfin, le cours de religion rend compte de la réalité du monde d’aujourd’hui. Il ouvre les enfants à l’actualité, leur offre des outils d’analyse critique des faits divers ou de la marche du monde. Il accueille avec bonheur les grilles d’analyse issues des sciences humaines pour approfondir sa réflexion sur les liens qui unissent religions et société.

Mais, plus que tout, le cours de religion se veut ancré dans la vie des enfants. Ici aussi, il s’agit à la fois d’une nécessité pédagogique et d’un objectif en soi.

  1. Pédagogiquement, il va de soi qu’un sujet de cours proche de la vie quotidienne aura une plus grande force motivationnelle et plus de chance d’atteindre ses objectifs. Nous ne pouvons concevoir ce qui est hors de notre univers conceptuel. Il nous faut donc faire des ponts entre la vie des enfants et les thématiques abordées au cours. L’attitude inverse réduira à néant les chances d’aboutir à l’appropriation et au transfert des concepts par les enfants et adolescents.

  2. Enfin, et pour finir, quel est le sens d’un cours qui ne concerne pas les enfants ? Ils sont à la fois les acteurs, les destinataires et bénéficiaires du cours. Nous sommes à leur service et au service d’une société plus juste, fraternelle et conviviale.

 
Confiance !

Laurent Miller


Maurice Zundel, Extraits d'une catéchèse d'adultes, Paroisse Sainte-Clotilde à Genève, 1973, lu sur http://www.mauricezundel.com le 15 mai 2013.

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