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L’exposé de la méthode qui suit s’inspire largement des cours et écrits de Bernadette Wiame et Eddy Ernens lorsqu’ils présentent la pédagogie d’appropriation. Cependant, au fil de mon expérience, je me suis approprié cette pédagogie et j’ai opéré quelques glissements qui font que la méthode que je propose n’est plus exactement la leur. Le principal changement de fond est le refus de mettre le christianisme en exergue dans la réflexion. En toute pauvreté, l’apport du christianisme devient un apport parmi les autres dans la démarche que je propose. Même si je veille à ce que son appropriation par l’élève soit incontournable.

Qu’il me soit permis d’utiliser tout de même les termes de « pédagogie d’appropriation » car, loin de dénaturer le projet initial, il me semble que les aménagements que j’en fais le poussent à l’aboutissement de l’intuition de départ.

 

Complexité de la réalité

L’un des présupposés essentiels de cette pédagogie est la conviction que la réalité est trop complexe pour être enfermée dans des évidences. Beaucoup de réalités, particulièrement dans le domaine humain (relationnel, politique, éthique, politique, religieux, …) nécessitent plus qu’une réponse simpliste de la part de ceux qui les appréhendent pour non seulement être comprises correctement, mais également permettre une action juste.

Par la confrontation aux convictions des autres, divergentes et parfois opposées, l’élève prend conscience du caractère non évident de son opinion. Il est alors invité à en justifier les fondements pour être compris des autres. Il est également invité à s’inspirer de la réflexion des autres pour enrichir la sienne.

Dans la même idée, il est presque toujours nécessaire de postposer sa réponse à une situation complexe. La pédagogie d’appropriation veut apprendre à l’enfant à prendre du recul par rapport à son intuition de départ, à jauger les tenants et aboutissants, à ne pas « décider » par habitude ou dans la passion.

 

Dialogue interconvictionnel

Le dialogue est à la fois l’objet et le la méthode de cette pédagogie. C’est par le dialogue que l’enfant prend conscience de l’aspect situé de son opinion. C’est aussi en apprenant à se taire, à entrer dans la peau d’un autre pour comprendre son raisonnement que l’élève apprend à dialoguer au sens le plus riche du terme.

La pédagogie d’appropriation fait donc la part belle aux divergences d’opinion. Le christianisme y est une option parmi d’autres. Elle sera écoutée et comprise pour ce qu’elle a à dire d’original tout en étant mise en perspective dans un panel d’options possibles.

 

Je pense qu’il n’est pas « naturel » de savoir partager nos opinions. Cela demande des capacités de décentration, de patience, de rigueur intellectuelle et d’humilité. La pédagogie d’appropriation est une opportunité pour cet apprentissage.

 

Éclater la fausse unanimité

Le dialogue proposé par cette pédagogie n’est pas une tentative de mettre tout le monde d’accord. Il vise plus à mettre en évidence les convergences et les divergences, les spécificités de chaque position. Plutôt que d’éviter le conflit, elle le provoque !

Elle permet à chacun d’exister dans sa singularité plutôt qu’être dissout dans un tout informe. Non, nous ne sommes pas d’accord sur tout, cela ne nous empêche pas de nous respecter, mais cela nous impose de rendre compte de nos présupposés et de chercher un chemin de vivre-ensemble.

 

L’enfant acteur de sa vie et de la société

L’article 6 §3 du Décret Missions demande à tous les enseignants de : préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures.

La pédagogie d’appropriation désire que les élèves s’impliquent dans leurs apprentissages pour en garantir un plus grand succès en termes d’acquisition de compétences, mais aussi en termes de sens. Ce dont il s’agit ici, c’est de la vie même de l’élève et des groupes auxquels il participe. Ce dont il est question, c’est de la possibilité d’agir pour améliorer sa vie et celle de la société dans laquelle je m’inscris.

 

Par appropriation, on entend donc non seulement compréhension des concepts et maîtrise des compétences, mais aussi intégration dans sa vie des réalités dont le cours fait l’objet.

C’est pourquoi la pédagogie d’appropriation propose d’agir concrètement sur base de ce qui sera discuté en classe. Les élèves deviennent alors acteurs de leur vie.

 

Une pédagogie qui s’inscrit dans la dynamique du programme

Le programme de religion catholique du secondaire propose une vision du cours de religion dans laquelle la recherche de sens se fait au croisement de trois axes : la vie des enfants, la tradition chrétienne et la culture.

La pédagogie d’appropriation veille à ce que chaque thématique travaillée en classe rejoigne la vie des enfants, le christianisme et la culture, mais surtout que ces trois axes se croisent dans la construction de sens. Construction de sens, qui si elle se fait collectivement, sera toujours personnelle et intégrée de manière individuelle pour chaque enfant.

On peut donc vraiment parler d’un dialogue entre la culture, le christianisme et les enfants, chacun interpellant l’autre dans un échange que l’on espère enrichissant. Il n’y a pas seulement juxtaposition de point de vue, il y a confrontation.

Construite pour le programme du secondaire, cette pédagogie n’en reste pas moins conforme à l’esprit du programme de primaires (même si elle le déborde, notamment par l’apport d’éléments culturels extérieurs au christianisme). Il n’y a pas d’âge pour apprendre à s’écouter et à exprimer les valeurs qui portent nos actes.

 

Pourquivre la lecture vers l'aperçu global de la méthode.