Version imprimableSend by email

Longtemps, à l’oraison du soir, je fus placée devant une sœur qui avait une drôle de manie, et je pense… beaucoup de lumières, car elle se servait rarement d’un livre. Voici comment je m’en apercevais : Aussitôt que cette sœur était arrivée, elle se mettait à faire un étrange petit bruit qui ressemblait à celui qu’on ferait en frottant deux coquillages l’un contre l’autre. Il n’y avait que moi qui m’en apercevais, car j’ai l’oreille extrêmement fine (un peu trop parfois). Vous dire, ma Mère, combien ce petit bruit me fatiguait, c’est chose impossible : j’avais grande envie de tourner la tête et de regarder la coupable qui, bien sûr, ne s’apercevait pas de son tic, c’était l’unique moyen de l’éclairer ; mais au fond du cœur je sentais qu’il valait mieux souffrir cela pour l’amour du bon Dieu et pour ne pas faire de la peine à la sœur. Je restais donc tranquille, j’essayais de m’unir au bon Dieu, d’oublier le petit bruit… tout était inutile, je sentais la sueur qui m’inondait et j’étais obligée de faire simplement une oraison de souffrance, mais tout en souffrant, je cherchais le moyen de le faire non pas avec agacement, mais avec Joie et paix, au moins dans l’intime de l’âme. Alors je tâchais d’aimer le petit bruit si désagréable ; au lieu d’essayer de ne pas l’entendre (chose impossible) je mettais mon attention à le bien écouter, comme s’il eût été un ravissant concert et toute mon oraison (qui n’était pas celle de quiétude) se passait à offrir ce concert à Jésus.

Lu sur www.livres-mystiques.com, le 27 janvier 2015.



Étiquettes: