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À l’origine, Evu vivait seul en pleine forêt, loin du village où Zamba demeurait seul avec les hommes ses enfants. Sa demeure était au fond d’un marécage insalubre aux eaux sinistres. Il avait l’apparence d’un gros crapaud hideux et repoussant. Il se nourrissait de gibier cru. Nul ne sait comment il se procurait l’abondant gibier nécessaire à sa subsistance car il n’avait pas de bras. Pourtant il n’en manquait jamais.

En ce temps-là, Zamba vivait encore avec les hommes ses enfants, leur apprenant la sagesse de la vie. Sur le point d’entreprendre un long voyage, il les réunit autour de lui et leur fait ses recommandations : sous aucun prétexte ils ne doivent s’aventurer dans la forêt voisine ni s’approcher des eaux du lac ; ils risqueraient de rencontrer l’habitant des eaux, ce qui serait fort désagréable pour eux. Puis il s’en alla…

Un beau matin, malade de curiosité, la femme d’un fils de Zamba va dans la forêt interdite. Fascinée par l’énigme troublante de l’habitant du marécage elle veut, coûte que coûte, élucider son mystère. Elle pénètre jusqu’aux rives sauvages du lac et là, quelle surprise : elle découvre sur le bord du lac une telle quantité de gibier frais qu’elle en a le souffle coupé. Tant de gibier suffirait à nourrir sa famille pour de longues semaines. Quelle aubaine ! … Mais sans doute le chasseur n’est pas loin…

- « Qui est là ? » dit-elle.
L’immense et mystérieuse forêt lui renvoie sa voix comme un écho lointain. Puis à nouveau le silence. Elle insiste :
- « Qui a déposé tout ce gibier ? »
Alors, du fond du marécage, une voix d’outre-tombe, sinistre, répond :
- « Et toi, qui es-tu qui oses venir en ces lieux ? »
Tremblante, elle confesse sa curiosité :
- « J’ai appris que tu habites ici et je suis venue te voir. »
- « Tu ne peux pas me voir », répond Evu, « je suis très laid. »
Mais pour faire oublier la mauvaise impression que sa réponse peut faire sur la femme, il lui offre de prendre autant de gibier qu’elle voudra.

Devant ce geste de bonté calculée, la femme, naïve, offre à son tour à Evu de le ramener au village. Mais il lui dit qu’il n’a pas de pied et qu’il lui sera très difficile de se déplacer, mais que si la femme veut bien l’aider et le porter, alors il serait très heureux d’aller vivre au village.
- « Là, promet Evu, j’apprendrai à ton mari à tuer beaucoup de gibier et à toi-même à capturer beaucoup de poissons à la pêche. »
Éblouie par toutes ces promesses, la femme ne pense plus qu’à une chose : ramener Evu au village. Mais comment le porter, lui qui n’a ni bras ni jambes ? Evu lui dit alors qu’elle ne peut le porter que dans son ventre.
… Et la voilà qui revient au village sans éveiller les soupçons.

Le premier jour se passe sans incident, et déjà, la femme se demande pourquoi Zamba leur a recommandé d’éviter la forêt, le lac et son habitant. Mais le lendemain, du sein de la femme devenu sa demeure, Evu dit qu’il a faim. La femme lui présent la cuisine quelle a faite pour sa famille. Evu refuse d’y goûter : il ne mange que de la chair fraîche.
- « J’ai vu passer un mouton, arrête-le et égorge-le pour moi. »
La femme s’exécute. Le lendemain, c’est une autre bête, car Evu a un appétit vorace, et chaque jour, la même scène recommence, à tel point qu’au bout de quelque temps, tout le petit élevage de la famille a été décimé pour nourrir Evu l’insatiable. La femme est obligée d’égorger les bêtes du village, puis celles de l’autre, et d’un autre encore… Toutes les bêtes du village y passent. La femme prend peur. Trop tard, elle ne peut faire machine arrière, et Evu lui rappelle le proverbe bien connu : « Quand on a souscrit un pacte, on en porte les conséquences jusqu’à la mort. »

Le lendemain du jour où la dernière bête du village a été tuée, Evu crie de nouveau famine…
- « Il n’y a plus rien à t’offrir ! », crie la femme.
- « Mais il y a ta fille », répond Evu… Et la fille est mise à mort…
Ce soir-là, Zamba revient enfin de son long voyage. Ah ! comme son village avait changé d’aspect ! Ce village naguère si vivant, où régnait une formidable joie de vivre, était tout triste ; les gens avaient l’air atterrés.
- « Que se passe-t-il ? demanda Zamba. Je ne reconnais pas mon village. Vous est-il arrivé de transgresser ma défense et de pénétrer dans la forêt ? »

Quand Zamba fut mis au courant de l’aventure de la femme et de tout ce qui était arrivé, alors il quitta la société des hommes et les laissa au pouvoir d’Evu.


Autre version du mythe, lue sur http://fr.missionerh.com le 21 septembre 2013.

En ce temps-là, Dieu Créateur vivait au milieu des hommes comme un père de famille. Il les nourrissait lui-même de viandes, de poissons et de tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Défense leur fut faite de se soucier de quoi que ce soit. Mais, malgré cela, hélas, l'homme éprouvait toujours le besoin de s'entretenir lui-même.

Un jour la femme de l'homme résolut d'aller faire une partie de pêche, sans la permission de Zamba. À sa grande surprise, tous les cours d'eau qu'elle visitait étaient déjà vidés de tout poisson.

À proximité d'une grande mare d'eau elle se dit: «Voilà la réserve aux poissons». Elle pense aussitôt la vider. Mais l'envie lui passe vite à cause de la trop grande quantité d'eau à devoir déplacer toute seule.

Mais pendant qu'elle se livre à ces réflexions, elle voit étendu sur le bord de la mare d'eau un corps d'animal mort. Elle s'en approche pour le voir de très près. Sur le corps de l'animal elle ne constate rien d'étrange. Il n'y a aucune trace de blessure. Il n'a ni corde à la patte, indice d'un piège dont il se serait échappé. Les pattes et la queue sont intactes. Il ne lui est donc pas possible de s'imaginer de quoi cet animal était mort.

Et malgré ces doutes elle s'empare de cet animal. La voilà toute heureuse qui rentre au village. Le corps de l'animal fut mis en pièces. Contente de sa bonne chance, elle fait bonne cuisine. Tous en mangent, elle, son mari et leurs enfants. Il ne vient à l'idée de personne de se demander de quoi cet animal serait-il mort.

À quelque temps de là, les provisions de viande furent épuisées. Et Dieu leur Créateur avait cessé depuis de leur fournir des vivres.

La femme reprit le chemin de sa mare d'eau. Elle trouva encore un autre corps d'animal étendu au même endroit. Constatation faite, il ressemblait au premier. Pour une fois le hasard se répétait. Elle se charge de sa proie. Et la voilà partie heureuse au village.

Cette scène se renouvela à plusieurs reprises. Alors le cœur de la femme commença à se troubler. Ne serait-elle pas dupe d'une illusion? N'y a-t-il pas de piège à ce jeu d'heureux hasards?

Elle en était encore là quand elle voit un être étrange campé devant elle. Un être tel qu'elle n'en avait jamais vu de semblable. Elle en est effrayée. Et dans sa crainte, elle risque une question.

« Ami », dit-elle, « serait-ce toi qui tues ces animaux dont je trouve le corps à cet endroit ? ». « C'est bien moi », répond le monstre. « Et quel est ton nom », demande la femme ? « Evu, est mon nom », dit le monstre. « Et pourquoi ne manges-tu pas les animaux que tu chasses ? ». « Moi », dit le monstre aquatique, « je n'ai que faire de la chair des animaux. Femme, je me nourris de leurs principes de vie. Je suis mangeur d'âmes ». « Ne pouvons-nous pas aller au village des hommes », propose la femme ? « Nous pouvons bien y aller », réplique le monstre. « Mais », femme, « que vais-je y manger », demande le monstre ?

Et bien que n'ayant pas saisi le sens profond de la question, la femme réplique : « Qu'à cela ne tienne, tu ne manqueras de rien. Car au village des hommes, il y a de la volaille, il y a du bétail et bien d'autres êtres vivants ».

Satisfait de cette réponse, Evu demande à être porté pour se rendre chez les hommes. Alors la femme lui tend les bras pour le porter en mains. Evu refuse. Elle lui montre le dos. Evu dit non. Elle lui montre le flanc. Evu s'oppose. Toutes les positions habituelles pour le porter sont refusées. La femme ne sachant plus comment faire pour le porter jusqu'au village, pose la question: « Comment veux-tu être porté ? » « Ah !, femme », gémit le monstre, « accroupis-toi et laisse-moi entrer par où sortent les bébés en naissant. Car je ne suis pas un être de lumière. Je suis fait pour vivre dans les ténèbres ».

La femme alors s'accroupit et Evu lui entra dans le ventre. Tous les deux rentrent au village des hommes. Elle porte le corps de l'animal sur le dos et Evu dans le ventre. Une fois parvenus au village, le soir la femme entend une voix qui vient du fond du ventre: « Amie, j'ai faim ». La femme tient promesse. Elle lui désigne la volaille et le bétail des villages environnants.

Peu de temps après la même demande est faite : « Amie, j'ai faim ». Et ce fut ainsi chaque nuit. Tout y passe, volaille, bétail, etc. Les habitants de ces régions ne surent plus que faire des bêtes crevées. Ils pensent à une épidémie pestilentielle. Tous sont effrayés par cette calamité publique. Jamais de mémoire d'homme ils n'avaient vu pareille chose. Ils se mirent à tenir des séances plénières pour exorciser le mal et implorer la clémence du ciel. Rien ne fut, le mal était au-dedans d'eux et parmi eux. Nul cependant ne pense à l'infraction de la loi du Créateur. Mais au comble du malheur, après le carnage des animaux ce fut le tour des hommes dont les âmes furent mangées les unes après les autres.

La mort régnait partout. Seuls restaient encore en vie, cette femme, son mari et ses enfants. Un jour Evu demande à manger. La femme dut désigner son mari, ensuite ses enfants. « Amie, j'ai faim ! ». Bêtes et hommes de ce canton étant tous dévorés, la femme se livra.

Mais avant qu'Evu dévore son âme, il lui dit : « Femme, vois-tu, j'ai déjà dévoré beaucoup d'âmes, aussi je suis en état de grossesse. Or il est interdit que deux Evu habitent dans le même ventre ».

Alors cette femme fit venir sa fille qui était en mariage dans un pays lointain. Evu ayant accouché fit pénétrer par la même voie le jeune Evu dans le ventre de la jeune femme. Laquelle après la mort de sa mère rentra grosse du jeune Evu dans son pays.

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