Version imprimableSend by email
La distance, chance ou obstacle ?

La méthode biblique déductive part du principe que, quelle que soit la distance culturelle qui nous sépare aujourd’hui de la Bible, ce livre a beaucoup à nous apprendre. Lire la Bible nous permet de réfléchir, voire nous offre des possibilités de réponses intéressantes à nos questions du 21e siècle.

L’idée est donc de considérer la Bible comme une ressource, voire, comme on l’entend parfois, comme « un trésor », disponible et duquel il serait dommageable de se passer. Elle devient alors un outil de croissance affective, humaine, morale et spirituelle pour les élèves de nos classes.

Le but en soi n’est pas d’abord de lire la Bible ou de la connaître, mais de s’en servir comme d’un levier qui permette aux enfants de grandir. On peut parler de méthode biblique déductive parce que l’on part a priori du message biblique pour en vérifier ensuite la pertinence dans la vie concrète des élèves. Ce n’est pas d’abord la vie qui questionne la Bible, c’est la Bible qui questionne la vie. (Pour d’autres approches, voir les différents canevas de cours proposés sur le site.)

Cette pédagogie basée sur la pertinence de la lecture de la Bible aujourd’hui est fondée sur plusieurs arguments :

 

L'unité du genre humain

Depuis que l’homme est homme, il se pose des questions existentielles sur la vie, la mort, l’amour, la sexualité, Dieu ou les dieux… Ces questions ne trouvent pas de réponses immédiates dans les sciences et relèvent des domaines de la philosophie, de la théologie, de l’art… plus récemment, peut-être de la psychologie.

S’il existe une aspiration universelle au beau, à l’amour, s’il existe de tout temps des angoisses autour de la mort, il n’y a pas de raison de croire que les questions de nos ancêtres et leurs propositions de réponses ne nous concernent pas aujourd’hui encore. Les réflexions de Platon sur l’amitié, celles de la Bible sur l’origine du mal et de la souffrance, par exemple, sont des questionnements auxquels tous peuvent trouver un intérêt.

 

Dans certains cas, les enfants se posent ces questions. Il est aisé alors, de faire le pont entre leurs questionnements et ceux des textes anciens. Si d’aventure les enfants ne s’interrogeaient pas sur ces sujets, susciter en eux le questionnement, c’est les faire grandir en maturité et les faire entrer dans la grande marche de l’humanité en quête de sens.

 

Sagesse universelle

La Bible peut être perçue comme le réservoir de la sagesse d’un peuple. Ses savants et ses sages y ont écrit parmi les plus belles pages de l’humanité. On ne peut par exemple nier l’influence du judéo-christianisme dans l’élaboration des droits de l’Homme. La notion de fraternité humaine, depuis le judaïsme épris de justice sociale jusqu’à Jésus et Paul qui prônent l’acceptation de tous, trouve des échos jusqu’à Henri Dunant, par exemple.

Concevoir le judéo-christianisme en tant que sagesse humaine permet de s’enrichir encore aujourd’hui des écrits de la Bible. Que seraient Martin Luther King et l'Abbé Pierre sans la Bible ? Le temps n’a pas vieillit le combat pour la justice, ni le désir d’un amour vrai.

 

En même temps, présenter la Bible de la sorte peut paraître ou bien réducteur ou bien prétentieux selon notre interprétation du fait religieux. Pour éviter le second écueil, il sera important, tout au long de la séquence de présenter la Bible comme un chemin possible, parmi d’autres. Non pas comme la seule issue possible, non pas comme le révélateur de la seule vérité à laquelle tous doivent adhérer, mais plutôt comme un interlocuteur privilégié qui peut nous interpeller, nous faire grandir. (Voir à ce propos les notes sur la distinction entre catéchèse et cours de religion ainsi que sur la liberté d’opinion au cours de religion.)

Enfin, pour ceux qui verraient dans la présentation de la Bible comme sagesse une forme de réduction, il reste à parler de ce livre comme Parole de Dieu.

 

Parole de Dieu

Pour le croyant, la Bible est considérée comme la Parole de Dieu, c’est-à-dire un livre par lequel non seulement nous apprenons quelle est la foi des Juifs et des chrétiens, mais aussi un livre grâce auquel Dieu se révèle. Lire la Bible, c’est prendre le risque d’être dérangé par un Autre qui vient secouer mes idées reçues, qui vient me relever et m’appeler à agir dans le monde. Perçue de cette manière, il va de soi que la lecture de la Bible a encore du sens aujourd’hui.

Attention, une telle lecture n’implique pas une vision fondamentaliste de la Bible. Le présupposé du cours de religion catholique est que le message de la Bible n’est accessible qu’à travers un décryptage des formes littéraires anciennes qui lui sont propres ainsi que par le décodage symbolique qui s’impose. (Voir à ce propos les articles sur l’exégèse et la lecture fondamentaliste de la Bible). Et là encore, c’est en toute humilité que le lecteur assume sa lecture du texte comme étant sa perception propre du message reçu.

 

L’expression « Bible, parole de Dieu » a-t-elle sa place dans le cours de religion ? Tant qu’elle ne sert pas la prétention à la vérité unique (voir plus haut) et tant qu’elle n’implique pas une démarche de foi pour les élèves, il me semble que oui. Il est possible de montrer aux enfants comment la Bible a été parole de Dieu pour de nombreux témoins au cours de l’histoire, de montrer comment elle a été pour eux la source d’une remise en question, puis d’un dynamisme au service d’un monde plus juste. Faire cela, ce n’est pas forcer la foi des élèves, c’est leur présenter celle de témoins. Libre à eux de percevoir l’interpellation de la Bible comme venant d’un ailleurs qui dépasse la sagesse humaine.

Cette vraie liberté, si elle n’est un souci permanent du pédagogue, transforme le cours de religion en endoctrinement et le discrédite donc sur-le-champ. Elle le rend même illégitime.

 

La distance, chance ou obstacle ?

Cette pédagogie prend-elle assez en compte l’énorme distance culturelle qui nous sépare des auteurs de la Bible ?

Quand la distance est un obstacle :

La distance culturelle qui nous sépare de la Bible peut être un obstacle majeur dans deux cas de figure. Premièrement, lorsque le texte est tellement obscur par son vocabulaire, lorsque les symboles utilisés ne réfèrent à rien de commun avec nous, lorsque la compréhension du texte nécessite de sérieuses connaissances archéologiques ou littéraires, le texte de la Bible devient incompréhensible. Il devient alors ridicule pédagogiquement de s’obstiner à le lire. Si la réalité sous-jacente au texte nous paraît vraiment indispensable, à nous de trouver un autre document qui permettra de la partager sans trop d’obstacles.

Les enfants possèdent un seuil de tolérance et de patience qui diffère très fort selon l’âge et les écoles. C’est à l’enseignant de le connaître et d’agir en conséquence. Il ne sert à rien de décoder le texte pendant deux mois de cours pour avoir atteint le ras-le-bol des élèves au moment essentiel : celui de la réflexion existentielle sur le sens perçu.

La distance au texte peut aussi être un obstacle lorsque celui-ci, même décodé facilement, se pose des questions que nous ne nous posons plus. Si tel était le cas, il va de soi qu’un autre choix de texte sera plus pertinent pour des applications pédagogiques. Plus radicalement encore, certains auteurs avancent que la société post-moderne de surconsommation est tellement étrangère à la spiritualité que les élèves ne sont plus que très rarement concernés par les interrogations des auteurs de la Bible. Même lorsqu’ils les comprennent … ils n’en ont cure ! Si tel était le cas, cette pédagogie basée sur la Bible n’a plus sa raison d’être et il faudrait chercher ailleurs un outil pédagogique pour le cours de religion. Mais comment donner goût à ce que l’on ne connaît pas si l’on refuse de le présenter par peur du rejet ?

Quand la distance est une chance :

Le fait que la Bible ne réponde pas aux questions de notre temps selon les mêmes critères, les mêmes a priori que les nôtres peut être considéré comme une chance. C’est bien parce qu’elle nous dit une sagesse « autre » que le lent décryptage de son message vaut la peine. Autrement dit, s’il fallait passer une heure de cours (voire plus) à analyser un texte ancien pour parvenir à la même conclusion que celle d’un conte moderne lu et compris en 10 minutes, c’est une perte de temps !

La distance qui nous sépare de la Bible est une chance en ce sens qu’elle fait de son message un avis nouveau, une approche divergente sur nos questions quotidiennes. Ainsi, elle a bien quelque chose à dire, parce qu’elle a quelque chose d’autre à dire.

La spécificité du message chrétien sonne étrangement à nos oreilles ? C’est tant mieux !

 

Poursuivre la lecture : aperçu global de la méthode.

 

Étiquettes: