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Les productions finales se présentent de deux façons distinctes : les évaluations certificatives et les réflexions personnelles. Parfois, il est possible de combiner les deux, mais il convient dès lors d’être prudent sur les consignes, comme expliqué plus tard.

 

Les évaluations certificatives

Quelles qu’en soient la forme, elles permettent d’évaluer à la fois les acquis des élèves durant le parcours et la réussite du parcours (point de vue du professeur). Trois axes me semblent devoir être présents lors de ces épreuves.

  1. La vérification de la connaissance du texte : L’enfant peut-il raconter, expliquer ce qui se passe dans le texte au premier degré ? Plus l’enfant est jeune, plus cette connaissance prendra une part importante dans les critères de réussite de l’évaluation. Plus que la mémorisation par cœur du texte, il s’agit ici de s’assurer de la compréhension de la narration du texte. On peut même imaginer que le texte soit disponible lors du test pour évaluer cette compréhension. Selon ce qui a été travaillé durant le cours, on pourra demander aux enfants de raconter un passage du texte ou son ensemble, de le remettre dans l’ordre, d’en citer les étapes importantes, d’en expliquer le vocabulaire, d’en paraphraser un extrait, d’en montrer la structure…

    La seule contrainte est que toute compétence évaluée doit avoir été travaillée durant la leçon et fait l’objet de traces de structuration. Ainsi, on ne demande pas la structure du texte à une classe avec laquelle on a exclusivement travaillé la symbolique des noms, par exemple. Dans le même esprit, il est préférable d’utiliser les mêmes moyens d’expression que ceux employés en cours. Un enfant capable de mimer l’histoire ne sera pas obligatoirement à même de la dessiner.

  1. La vérification de la compréhension du message du texte. Les élèves doivent être capables d’expliquer le ou les messages du texte dégagés en classe. Pour les plus jeunes, on pourrait se satisfaire d’une simple restitution de ces messages. Vers la fin des primaires et très certainement dès le début du secondaire, le jeune doit pouvoir expliciter le lien entre ce message et le texte. Par exemple, il doit pouvoir montrer que telle action d’un personnage amène à telle réflexion. Ou que tel message est tiré de tel dialogue dans l’histoire. On pourrait, par exemple, demander à l’élève d’expliquer une réflexion menée en classe et de souligner dans le texte le passage qui l’illustre.

  2. Enfin, les élèves se montreront capables d’illustrer le message du texte dans la vie quotidienne ou dans l’actualité par des exemples concrets tirés de la vie de tous les jours. De tels exemples auront été travaillés en classe et des traces de structuration en seront le témoin dans le cahier.

    On pourrait travailler de manière inductive avec les plus grands en leur fournissant un témoignage non vu en classe. On leur demande alors d’expliquer en quoi cette histoire illustre le message du texte. Ou encore à quel personnage de l’histoire de la Bible les acteurs de se témoignages ressemblent et pourquoi.

 

En plus d’évaluer les acquis des élèves, ces évaluations permettent à l’enseignant d’évaluer la réussite ou non du parcours d’un point de vue intellectuel. En interrogeant la classe sur les trois dimensions expliquée ci-dessus, il se dote d’un outil de diagnostic pour évaluer quelles phases du cours ont fonctionné.

 

Les productions personnelles

Celles-ci témoignent de la compréhension et de l’intégration des messages travaillés pour chacun des élèves de la classe. Il est tout à fait imaginable qu’elles se situent dans les phases d’intégration ou d’actualisation. Par une telle production, le jeune est amené à se positionner personnellement face aux sujets abordés. Suis-je moi aussi témoin ou acteur de situations telles que celles vues en cours ? Puis-je me réjouir, m’inquiéter, désirer changer mon comportement ou telle situation qui me concerne ?

 

On se rend tout de suite compte de l’ambiguïté de telles productions. Il est évident qu'elles sont désirables, car tout enseignant souhaite que sa pratique permette chez l’enfant une acquisition de nouvelles aptitudes ou compétences intégrées personnellement. Ainsi, le professeur de religion ne parle pas du respect en classe sans l’espoir caché ou avoué de voir ses élèves mûrir dans leurs compétences relationnelles.

 

Cependant, deux difficultés semblent poindre à ce sujet. Tout d’abord : de quelle intimité l’enfant a-t-il le droit de disposer lors de telles évaluations ? Ensuite, comment le jeune se situe-t-il lorsqu’il a conscience de la désirabilité d’une réponse précise ?

Le premier point, tout d’abord, me semble crucial. On ne peut forcer un élève à partager son vécu personnel devant la classe, ni même dans une production personnelle lue par l’enseignant. Comment, dès lors, respecter l’intimité de l’élève en lui demandant une production personnelle ? Dans certains cas, il est possible que la réponse soit tout à fait secrète. Un enfant pourrait réfléchir à une question, rédiger une réponse et la mettre dans une enveloppe scellée dans son cahier. L’enseignant, passant entre les bancs lors de ce travail pourra seulement aider ceux qui le demandent et encourager ceux qui ne font rien. Il ne pourra se pencher sur une copie sans y être invité.

On pourrait aussi utiliser la technique « j’ai un ami qui » déjà expliquée plus haut (lors de la phase d’intégration). L’élève est amené à imaginer un ami qui vivrait telle situation, que lui dirait-il ?

La question de la désirabilité de la réponse est une problématique pédagogique très connue. Lorsque l’enseignant demande à un élève si le cours lui a appris quelque chose, ce dernier sait qu’il doit répondre « oui », et quelque chose de très important en plus ! Les enfants les plus jeunes le font par désir d’être aimés et les plus âgés par calcul.

Pour limiter l’impact de cette réalité, la production personnelle pourrait ne pas être évaluée, voire même ne pas être lue par le professeur.

 

Ces productions personnelles s’accommodent très bien de moyens créatifs. Intégrer les cours d’éveil artistique à ce moment me parait tout à fait opportun. Les cours de religion et d’art ont en commun l’éveil au langage symbolique et la dynamique d’expression de soi. Ils se marient à merveille à cette étape, et cela, même en secondaire. Pourquoi ne pas créer une chanson ou mettre un clip en scène sur un morceau connu ?

 

Prudence lors de l'évaluation d'une production personnelle

On vient de le voir, se servir d’une production personnelle comme évaluation certificative risque de fausser la sincérité de l’élève qui la rédige. Deuxièmement, on l’a vu, l’enseignant ne peut forcer un élève à partager son intimité. Il y a encore un autre écueil prévisible à cette pratique.

Lorsque l’on évalue une production qui explique une situation de vie personnelle de l’enfant, qu’évalue-t-on vraiment ? Si l’ambiguïté n’est pas de mise pour le professeur, elle peut l’être pour le jeune. Voici un exemple grave pour illustrer cette réalité. Lors d’un travail de synthèse sur la question de la souffrance, un élève de rhéto de 20 ans s’appuie sur une situation particulièrement douloureuse qui lui est arrivée : le décès de sa petite amie. Le travail est une calamité au niveau des consignes et de la compréhension des concepts. Le professeur se trouve devant une situation moralement inacceptable : comment peut-il mettre en échec le travail d’un élève qui lui partage cette souffrance ? Comment le jeune va-t-il percevoir le 3/20 annoté sur sa copie alors qu’il s’est investi et livré de manière si intime ? N’y verra-t-il pas plutôt un jugement sur sa vie ?

 

Engagement réel

Et si la production finale d’un parcours prenait la forme d’un projet concret d’action solidaire ? Ou la production d’une exposition visant à sensibiliser les élèves de l’école à une problématique ? Bien souvent, les cours de religion abordent des sujets qui débordent de loin le cadre scolaire. Peut-on parler pendant un mois de faim dans le monde sans action de solidarité ? Peut-on relever les injustices vécues à l’école sans proposer un changement réel ?

 

Si certaines de ces activités sont évaluables de manière certificative, est-il souhaitable de le faire ? Je pense que non. Tuer la motivation et l’élan du cœur par la peur de ne pas être conforme, me paraît détestable. Un acte de générosité ou une campagne de sensibilisation a une valeur en soi, en dehors du regard évaluateur de l’enseignant. Bien sûr, une évaluation collective ou individuelle du travail devrait être réalisée, mais elle ne « compterait pas pour des points ».

 

Quelques exemples de production finale

J’aime l’idée que la production finale « sorte de la classe ». On peut offrir un dessin ou une lettre à une personne que l’on aime pour la remercier ou lui demander pardon. On peut créer une exposition ou des affiches mettant en valeur ce qu’il y a de beau ou d’injuste dans l’école. On peut créer des œuvres que l’on exposerait lors d’une soirée payante pour offrir de l’argent à une association…

Les productions peuvent aussi changer le quotidien de la classe : créer une charte, proposer un système de solidarité s’il n’existait pas encore ou a été oublié (par exemple la solidarité avec les élèves malades, absents, en difficulté). On pourrait mettre sur pied une boîte à bonnes nouvelles ou à compliments, un conseil de classe…

 

Poursuivre la lecture vers les conclusions et les objections à la méthode.