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La méthode biblique déductive est centrée sur l’appropriation par les élèves du sens du texte biblique. Ce travail ne peut se faire sans que chacun ait en tête une image mentale à la fois suffisamment détaillée et précise du texte. L’objectif de cette phase est que chaque enfant puisse se faire « le film » du texte dans sa tête.

 

Trop souvent, on commence le travail de recherche de sens sans s’être assuré de cette première étape. Il faut alors beaucoup de temps pour se rendre compte que la difficulté ne vient pas de l’activité de décodage du sens, mais bien du manque de connaissances des enfants sur le texte. Ils ne savent pas de quoi on parle !

Pourtant, n’a-t-on pas lu le texte en classe ? Il est évident que si chaque élève était passionné, attentif et connaisseur, une lecture seule du texte suffirait pour le travail. Ce monde-là n’existe pas. Il est donc impératif de vérifier l’acquisition de la trame de l’histoire par des tâches de réexpression actives et vérifiables.

L’activité de lecture, si elle est seulement passive, ne peut faire l’objet d’une vérification par l’enseignant. C’est en voyant les enfants remettre les images du texte dans l’ordre, en les entendant réexprimer l’histoire correctement, en les voyant la dessiner, mimer… que l'ont peut vérifier qu’ils ont en tête les données nécessaires pour la suite du travail.

Bien sûr, plus les enfants sont jeunes, plus cette tâche prend de l’importance. Une histoire comprise en 10 minutes par un groupe de 15 ans peut mettre 50 minutes à être assimilée parfaitement par des enfants de 6 ans. Le piège cependant est de se satisfaire d’une lecture commune ou silencieuse avec un groupe d’ados sans vérifer qu’ils ont réellement assimilé le texte (certains ne l’ont peut-être même pas lu).

 

Obstacles prévisibles

Outre l’attention et la motivation, il est de nombreux obstacles prévisibles à la bonne compréhension d’un texte biblique. En voici une liste non exhaustive. Il est nécessaire de vérifier cette liste au minimum et de préparer des activités construites pour lever ces éventuels obstacles.

  1. Fausses préconceptions

Le plus difficile des obstacles, heureusement de moins en moins fréquent. Les élèves ont déjà en tête une image mentale du texte. Ils l’ont travaillé lors d’un autre cours, entendu en catéchèse, à l’église, vu en dessin animé. L’image qu’il leur reste de ce moment est faussée (par eux-mêmes ou parce que la première assimilation s’est faite sur un document faussé. Ceci est très fréquent avec les dessins animés bibliques et les bibles pour enfant, rarement proches du texte original.)

Les pédagogues savent combien il est difficile de défaire une image mentale erronée pour en reconstruire une nouvelle. Très souvent, vous entendrez les élèves dire : « C’est faux, c’est pas comme dans le dessin animé ! ». Il faut leur faire comprendre alors que ce n’est pas le dessin animé que l’on travaille, mais le texte qu’ils ont sous les yeux… Bonne chance ! Un exemple d’activité pour travailler les préconceptions est donné plus bas.

Si le texte travaillé est plutôt connu (l’histoire d’Adam et Ève, de Moïse, par exemple), il est préférable d’anticiper cet obstacle. On peut demander aux enfants de raconter le texte avant la lecture en classe par exemple, pour se rendre compte d’éventuelles mauvaises préconceptions. On peut aussi cibler l’activité de réexpression sur cet obstacle afin qu’il saute aux yeux.

  1. Vocabulaire

Le manque de vocabulaire des élèves est un problème classique de l’enseignant. Les enfants vont chercher au dictionnaire, un lexique est donné, on explique à la volée en classe. Chaque enseignant saura comment faire. Certains textes sont plus faciles d’accès que d’autres (les paraboles ont souvent un vocabulaire accessible, par exemple.) Choisissez les textes dont le niveau de langue correspond à vos classes pour éviter de passer une heure à traduire le vocabulaire.

Dans de rares cas, pour les plus jeunes, il m’arrive de tricher sur un texte lorsque je désire le travailler malgré le niveau de langue : je choisis des synonymes adaptés ou reformule certaines phrases pour lever la difficulté. Maniez ce procédé avec prudence car derrière un mot transformé peut se cacher une détérioration du sens premier du texte. « La Bible en français courant » et la « Bible Parole de Vie » que l’on peut trouver sur le site de l’Alliance Biblique Française sont de très bonnes traductions françaises dans un langage accessible.

  1. Narration

Certains procédés de narration propres à la Bible en rendent parfois la lecture difficile. Certains élèves éprouvent des difficultés à distinguer qui est qui lorsqu’un prophète parle au Seigneur, puis que celui-ci parle au peuple par la bouche du prophète (Exemple en Is 7, 10-17).

Les nombreuses répétitions structurant les récits sont parfois perturbantes pour le lecteur moderne. Les imprécations, les oracles, les apocalypses et tant d’autres styles littéraires regorgent d’obstacles à la compréhension. Il convient d’éviter ces textes ou de prévoir le temps suffisant à leur compréhension.

  1. Connaissances historiques

Le vocabulaire, les références culturelles à des métiers, des empires, des personnages ou des lieux historiques anciens peuvent parfois nuire à la compréhension du texte. Quelquefois, une information vague suffira (« Untel est le roi d’Israël. ») Parfois, les précisions sur la vie des personnages, les faits historiques encadrant le récit seront nécessaires pour entrer dans la compréhension de l’histoire.

Un autre procédé utilisé pour accélérer la lecture est d’insérer des informations en apposition dans le texte. Par exemple : « Or, David, le roi,… »

Cet obstacle est tellement fréquent lors de la lecture de la Bible qu’il n’est pas rare de voir des enseignants prévoir des séquences de cours entières destinées exclusivement à combler les lacunes en culture générale des élèves. Cette attitude peut être pertinente, bien que le cours ressemble alors plus à un cours d’éveil historique qu’à un cours de religion. Cependant, la recherche historique faisant partie des outils exégétiques les plus usités et pertinents, il est justifié de passer plusieurs heures de cours à comprendre le contexte historique de l’écriture ou de la narration de l’histoire. (Voir comme exemple de cette démarche le chapitre "l'emprisonnement" du syllabus de cours de deuxième année présenté dans les exemples de parcours.)

Parfois, l’écart culturel se creuse de manière inattendue pour les jeunes générations et l’enseignant peut être surpris. Qui pouvait imaginer qu’un jour un enfant ne puisse se faire aucune image mentale de ce qu’est un berger et son métier ? À quoi pensent les enfants lorsqu’on dit que Jésus parlait en paraboles ?

 

Pointer vers le sens sans trop dévoiler

Les activités de découverte du texte se doivent d’être en cohérence avec la recherche de sens prévue par la suite. Elles permettront ainsi de débroussailler le terrain de la recherche et de faciliter le travail. Ainsi, si la recherche de sens passe par la compréhension des noms ou des changements de patronyme des personnages, il est capital que l’activité de lecture du texte prenne le temps de fixer ces différents noms. Si la recherche de sens est axée sur le renversement de situation, l’activité de lecture pourrait relever les situations initiale et finale ainsi que la résolution, par exemple. L’exemple qui suit mettra en valeur comment une recherche de sens basée sur les actions des personnages peut être préparée par une lecture focalisée sur le même aspect du texte.

L’un des pièges à éviter lors de cette étape est d’anticiper trop sur la découverte de sens. Le texte n’est pas encore découvert dans son ensemble ou par tous que le professeur est tenté d’avancer plus vite avec certains vers le sens symbolique, sans doute plus intéressant. Patience.

 

Un exemple d'activité de lecture du texte

Cette activité a été créée pour des élèves de deuxième secondaire pour faciliter la découverte du texte du passage de la mer rouge. Elle permet à la fois d’éviter l’obstacle des préconceptions erronées et de pointer vers la recherche de sens qui suit.

 

L’un des obstacles prévus pour cette leçon est que chacun d’entre nous a en tête une image mentale assez forte du passage de la mer rouge où l’on voit le peuple traverser entre deux colonnes d’eau. Or le texte qui doit être étudié ne relate rien de tel. Il s’agit de l’une des deux versions de cette histoire qui raconte que les Égyptiens meurent noyés dans un piège tendu par le Seigneur sans que la mer s’ouvre en deux ni que le peuple d’Israël ne se déplace. Ces deux éléments sont d’une importance cruciale car la recherche de sens visée par le cours est de découvrir que la vie est un cadeau gratuit (le peuple ne fait rien pour être sauvé) et que l’usage de la force pour protéger le plus faible peut être légitimé à certaines conditions (le Seigneur noie Pharaon qui vient massacrer les Hébreux.)

 

Les deux activités de lecture prévues sont :

  1. Réaliser la bande dessinée ou le plan en vue aérienne de l’histoire. Ce faisant, les élèves constatent que les Hébreux ne se déplacent pas et qu’ils restent à camper. En dessinant le plan militaire de cet affrontement, on peut aisément voir qui se déplace, qui ne fait rien. Cela permet aussi de contrer l’obstacle prévu, à savoir que les élèves imaginent les Hébreux traversant la mer.
  2. Souligner les actions des personnages en trois couleurs, les lister ensuite. Cette activité rejoint les mêmes objectifs que ci-dessus. Seuls le Pharaon et le Seigneur seront visuellement dominants dans cette activité de soulignement. Les Hébreux seront clairement peu actifs (peu de verbes soulignés et ces verbes révèlent des actions de second ordre : avoir peur, camper, voir…)

 

Par ces deux activités de découverte, l’enseignant peut donc s’assurer que les élèves se seront fait une image mentale du texte (ils en ont dessiné l’histoire), qu’ils auront surmonté l’obstacle prévu (il n’y a pas de traversée de la mer) et ils seront prêts à découvrir les notions de grâce (ils voient que le peuple ne fait rien pour être sauvé) et de guerre juste (nécessaire action du Seigneur pour protéger les fils d’Israël).

 

Pour d'autres idées d'activités de lecture de texte, voir ici.

Poursuivre la lecture vers la phase de dégagement du sens du texte.