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L’actualisation est le moment où l’on tente de sortir les enfants de leur « nombril ». Le monde ne s’arrête pas à la famille, l’école, les amis et quelques éventuels groupes d’activité. Ce qui est en jeu à ce moment du cours, c’est la pertinence du message de la Bible pour notre époque. Les questions relayées par la tradition chrétienne se posent-elles encore aujourd’hui ? Les réponses proposées éclairent-elles encore notre réalité ? Y a-t-il, aujourd’hui encore des personnes qui vivent des situations similaires à celles évoquées par le texte ?

Un grand écart d’autant plus difficile que le texte est lu au premier degré

Ce travail de réflexion sur le monde contemporain à partir de la Bible ne peut se faire sans que le texte de celle-ci soit compris dans sa dimension symbolique et archétypale. Au sens premier, nous ne sommes plus concernés par les conflits entre le pharaon et les Hébreux survenus en Égypte il y a plus de 3000 ans. Mais cela signifie-t-il qu’il n’y a plus aujourd’hui ni esclavage, ni peuple opprimé par un tyran ? Qu’il n’existe plus de situations mortifères desquelles il faudrait sortir pour grandir vers plus de vie et de liberté ?

L’enjeu, c’est l’histoire du salut dont témoigne la Bible : la bonne nouvelle d’une libération, d’une espérance et d’une solidarité plus fortes que tous les obstacles peut-elle encore résonner aujourd’hui ?

 

Un engagement progressif dans le monde

Le cours de religion invite les élèves à s’engager progressivement en tant que citoyens responsables dans le monde. Par l’actualisation, l’enseignant permet aux jeunes de mieux comprendre le fonctionnement de la société, en l’observant d’abord, en l’analysant et en la critiquant ensuite. Bien sûr, cet apprentissage est celui de toute une scolarité, mais il est important de le développer dès les premières années de l’école primaire.

Avec les plus jeunes, on commencera simplement à faire des analogies : telle situation vécue aujourd’hui ressemble à celle vécue par nos ancêtres il y a plusieurs milliers d’années. La pertinence de la comparaison permettra non seulement d’ouvrir l’esprit des enfants sur l’actualité du monde qui les entoure, mais aussi, de vérifier la compréhension symbolique du texte. Si l’enfant est capable d’expliquer le lien qu’il y a entre tel tyran et pharaon, c’est qu’il a compris beaucoup de choses.

Avec les plus grands, on peut commencer à analyser la situation observée en se servant du message de la Bible comme d’une grille qui éclaire la situation. Par exemple, comparer les attitudes du pharaon dans le livre de l’Exode avec celles d’un parti d’extrême droite. On y observe la même peur de se voir submergés et contrôlés par ceux qu’ils considèrent comme des ennemis. Les mêmes mots se retrouvent dans la justification de leurs actes, à plusieurs millénaires d’intervalle.

Dès le deuxième degré de l’enseignement secondaire, on peut aller plus loin et critiquer telle ou telle situation politique, économique, sociale… Les arguments employés par les tyrans sont-ils fondés ? Leurs propositions sont-elles morales, efficaces, justes ? Que pourrait-on faire pour changer les choses ?

 

Archétypes du mal et déresponsabilisation

Comme lors de la phase d’intégration, il est nécessaire de ne pas tomber dans le piège du « so far from my bed ». Beaucoup d’enseignants focalisent leurs exemples d’actualisation sur des archétypes passés : Hitler, Martin Luther King, Gandhi, … Chacun de ces personnages est aussi éloignés des enfants que peuvent l’être les acteurs de la Bible. Ils n’étaient même pas nés, ni leurs parents, lorsque ces personnes étaient encore vivantes.

 

Ne prendre comme exemple que des personnages issus du passé peut déforcer la motivation des enfants : ils ne sont pas concernés. Le cours de religion n’est pas d’abord un cours d’histoire, il vise à comprendre l’aujourd’hui des élèves. Est-ce à dire qu’il ne faut les ouvrir aux grands hommes du passé ou aux moments marquants de l’histoire de l’humanité ? Non, mais cela ne peut se faire exclusivement, hors d’une réflexion sur le quotidien.

 

De plus, le piège dans lequel on tombe facilement avec ces exemples est celui de la désappropriation du message. De grands personnages du passé, à la limite, des héros, ont agi pour changer le monde. En sommes-nous capables ? Et puis, aujourd’hui, le mal frappe-t-il avec autant de force ? Hitler n’est plus, le nazisme est mort, n’est-ce pas ?

C’est dans nos rues, notre pays et à notre époque que se joue le salut de l’humanité. Ce n’est ni une histoire révolue, ni l’affaire des générations antérieures. Le texte de la Bible peut encore avoir une réalité prophétique (c’est-à-dire nous secouer pour que nous agissions en faveur d’un monde plus juste et plus humain. Le deuxième testament l’appelle « le royaume de Dieu. ») C’est en ce sens que ces paroles d’hommes deviennent transcendance : comme une interpellation venue d’ailleurs qui nous tire de notre auto complaisance ou de notre abattement. Un monde plus juste, à portée de main ? C’est possible, et c’est notre affaire.

 

Il est donc préférable de choisir des exemples proches des élèves dans le temps et, si possible, dans l’espace pour actualiser le message du texte. Telle action caritative à la télévision, telle guerre, telle habitant du quartier, telle association à laquelle des élèves de l’école participent… Ce qui compte, c’est de sortir les élèves d’eux-mêmes. Que ce soit pour s’inquiéter du tiers-monde… ou du voisin qu’ils ne regardaient pas.

 

Interdisciplinarité

Plus les jeunes grandissent et plus ils sont à même d’appréhender des réalités politiques, socio-économiques ou naturelles qui affectent notre monde. Les grilles d’analyses se complexifient lorsque l’on sort des relations interpersonnelles pour comprendre les peuples, les multinationales, les systèmes de solidarités et d’esclavage à l’échelle mondiale. Il paraît donc judicieux de faire référence à des acquis travaillés lors des cours d’éveil, d’histoire, d’économie, de géographie pour approfondir la réflexion.

Dans le secondaire, on pourrait solliciter certains élèves selon leurs options, mettant ainsi en valeur leur filière. Des élèves de socio économie pourraient expliquer au reste du groupe (ou à une autre classe) les bases nécessaires pour comprendre le fonctionnement de la bourse lors d’une réflexion éthique sur l’économie, par exemple.

 

Mieux encore, certaines thématiques pourraient être travaillées de pair avec des collègues d’autres branches dans une forme de projet commun. La pertinence des réflexions menées en cours sera d’autant renforcée et la motivation des élèves plus grande.

 

Un apport d’adulte

Même si elle se construit avec les enfants, il me parait évident que l’actualisation ne peut partir de leurs seules ressources. En effet, l’idée est de sortir les enfants de leur « petit univers » pour les ouvrir au monde. Soit le professeur amène les documents nécessaires, soit les élèves font un travail de recherche pour alimenter la réflexion. Rares sont en effet les enfants qui possèdent la culture générale et ou l’intérêt nécessaires pour apporter sans l’aide d’un adulte une dimension plus globale ou universalisante à la réflexion.

 

Un exemple d'activité d'actualisation

Un groupe d’élèves de cinquième année du secondaire est amené à réfléchir sur les conséquences néfastes de la convoitise dans les relations humaines. Comment ce désir de posséder ce que l’autre a nous rend-il jaloux jusqu’à faire de notre frère notre ennemi et justifier toute activité de répression à son égard ? Comment cette même convoitise pervertit-elle non seulement les relations humaines, mais aussi celles de l’homme avec les animaux, avec la planète, avec Dieu ? Ce raisonnement était tiré du deuxième récit de la Genèse, celui d’Adam et Ève.

Lors de la phase d’intégration, les jeunes doivent trouver et analyser un fait d’actualité et tenter de faire le rapprochement avec le message du texte travaillé en classe. À vrai dire, cinq messages différents avaient été dégagés de ce passage et ils pouvaient choisir celui qu’ils préféraient illustrer. Ils doivent commencer par raconter les faits, puis étudier la situation et utiliser l’un des messages travaillés comme grille d’analyse afin d’approfondir le sujet. Plusieurs articles de journaux ou de revues spécialisées étaient nécessaires pour fonder la réflexion.

 

À l’époque, voici les rapprochements réalisés par certains élèves :

  • Un pétrolier, épave flottante s’échoue : l’appât du gain détruit la nature, exploite des hommes,…
  • Une guerre, au nom de la liberté ou du pétrole ? Des morts, la destruction de la nature et de richesses culturelles inestimables pour préserver des intérêts économiques dans une région ?
  • Des tricheries lors de jeux, des dopages afin de ravir la première place et les prix du concours.

 

Plus les années passent et plus l’exactitude de l’analyse du fait d’actualité devient importante dans les critères de réussite d’un tel travail. Un enfant de primaire montre une compréhension simpliste de la guerre mais parvient à faire le lien avec le texte vu en classe. Le professeur signale éventuellement les nuances à apporter mais n’en tient pas rigueur. Un jeune de 18 ans qui assimilerait tous les chômeurs à des paresseux ou les étrangers à des profiteurs ferait preuve d’une simplification abusive qui témoigne d’un manque d’esprit critique. Il pourrait perdre des points (voire être en échec), quand bien même le lien fait par la suite avec le cours de religion serait pertinent.

 

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