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Des questions pour motiver

L’activité d’accroche a pour but de susciter le questionnement des enfants sur la problématique visée par le cours. Elle partira le plus souvent de l’actualité ou de l’existence des élèves afin d’ancrer la dynamique du cours dans le vécu et d’éviter les réflexions abstraites dont la pertinence n’apparaît pas aux enfants. Le questionnement, s’il provient des jeunes sera un plus grand soutien à la motivation que s’il est amené « d’en haut » par le professeur.

Ce moment n’est pas celui d’entamer profondément la réflexion. Il a pour but principal de faire ressortir les représentations initiales et de motiver. Deux écueils sont donc à éviter à ce stade : l’entrée dans un débat passionné mais stérile (les élèves n’ont que des préjugés à échanger, ils n’ont pas encore réfléchi la situation). Deuxièmement, l’enseignant doit réfréner son envie de répondre, de donner son avis sur chaque opinion proposée par la classe. Ce moment ne lui appartient pas, il recueille les questionnements et met en évidence les recoupements, les divergences.

Il est probable, vu la diversité interne à nos classes, que des avis divergents voire incompatibles soient soulevés à ce moment. Cette variété est à encourager : elle questionne et justifie la recherche qui suit : la réponse, s’il y en a une, n’est pas évidente.

L’activité se termine généralement par la mise en évidence de la ou des questions de travail.

 

Représentations initiales

Plusieurs types de tâches sont imaginables pour faire ressortir les représentations initiales. Depuis la façon brutale « qui peut m’expliquer/définir/dire ce qu’il sait/pense de … » au brainstorming, en passant par la mise en situation par le jeu de rôle etc. Les enfants s’expriment librement sur le sujet, il est peu probable qu’il puisse y avoir des réponses « fausses » à ce moment du parcours. Le seul recadrage devrait concerner la cible de la question : l’enfant s’exprime-t-il bien sur le sujet demandé ? Les avantages de passer par cette première étape me semblent nombreux :

  1. Les enfants se sentent concernés car écoutés.
  2. Le professeur peut cerner « où en sont les élèves » dans la compréhension de sa problématique et vérifier si son anticipation des obstacles était correcte.
  3. Cela permettra, lors de l’étape 3, de mettre en évidence l’originalité du message du texte.
  4. Cela permettra, lors de l’intégration du sens, de confronter ses représentations à celles du texte, de comparer.
  5. Enfin, cela permet aussi de cadrer le travail de recherche du sens autour d’une problématique plus précise. Le cours gagne donc en efficacité et les élèves voient « où on veut en venir ».

 

Attention à ne pas oublier les traces de structuration de cette étape. Ceci négligé devient le signe du peu d’importance donnée aux réponses des enfants. De plus, afin de pouvoir être retravaillées par la suite, il faut que des représentations des enfants soient accessibles. Chaque cahier recueillera donc l’opinion de l’enfant et, pourquoi pas, celles des autres qui le dérangent ou l’interpellent.

Représentations sur le message, pas sur le texte

Une mauvaise compréhension fréquemment rencontrée chez mes étudiants de ce que j’entends par représentations initiales est la suivante : ils font émerger les a priori  des élèves sur le texte. « Que connaissez-vous de l’histoire d’Adam et Ève ? » Cette question n’est pas sans intérêt mais elle se place, pour moi, dans la phase de lecture du texte. L’objectif du parcours étant de travailler une problématique existentielle, un message à travers un texte biblique, c’est cette réalité ou ce message qui doit faire l’objet de l’activité d’émergence des représentations initiales.

 

Quand l'accroche sabote la recherche ultérieure

Parfois, l’activité de recherche de sens du texte est construite de telle manière qu’il est préférable de ne pas connaître la thématique abordée au départ. Le cours est alors mené comme une enquête visant à découvrir le message caché du texte. Il est donc préférable de ne pas donner la solution de l’énigme au départ. En ce sens, une activité d’accroche explicite sur la thématique pourrait saboter la suite du cours. (« Bonjour, aujourd’hui on va parler du pardon... Devinez de quoi Jésus veut nous parler dans cette parabole ! »)

Autrement dit, parfois l’accroche du cours commence par la lecture du texte lui-même. Lorsque l’apport du christianisme est en soit motivant (beaucoup de passages de la Bible ont une intrigue assez passionnante, la vie des grands témoins est en soi interpelante…), il est probable que les enfants soient intéressés hors de toute attente existentielle explicite.

Ou encore, le texte de la Bible pose question en lui-même. Prenons comme  exemple la parabole des ouvriers de la dernière heure (Matthieu 20, 1-16) : les enfants se révolteront à la lecture du texte et les questions de justice émergeront naturellement sans avoir à les anticiper. Le document sera donc à la fois source de questionnement (accroche) et proposition de réponse (par la suite).

 

Travailler de la sorte renforce les chances que les enfants ne ciblent pas la même réalité que celle espérée par l’enseignant. Les élèves lisant l’extrait biblique sans cadrage préalable peuvent en dégager un autre questionnement que celui attendu par le professeur. C’est bien sûr une richesse, mais cela augmente les difficultés d’organisation pour l’enseignant.

 

Un exemple d'activité d'accroche

Dans tous les cas, les activités narratives (une histoire, réelle ou non, un témoignage) ou de mise en situation (faire vivre la réalité visée par le cours) sont préférables aux activités explicatives lors de cette phase. Voici un bon exemple :

Un étudiant se proposant de travailler la dimension de service et de responsabilité dans une logique de pouvoir à l’aide du texte du lavement des pieds (Jean 13, 1-15) me présentait l’activité suivante : Hors de tout contexte explicite au cours de religion, le professeur propose un jeu aux enfants (primaire). Qui veut être le roi ? Et la reine ? Et les ministres ? Et les serviteurs ? … pour la journée. À la fin de la journée, les réactions sont recueillies. Qui est déçu, content, pourquoi voulais-je ce rôle, ou pas ? Qu’ont fait les rois ? etc.

Sur le même thème une étudiante proposait de se choisir deux « bras droits » pour la journée. Elle recueillait les impressions en fin d’après-midi. Jalousie ? Et les « bras droits » ? Ont-ils perçu leur nomination comme service ou comme promotion ?

L’activité est une situation mobilisatrice réussie : les représentations initiales des enfants sont mises en évidence ; le sentiment d’injustice ou le désir de jouer tel ou tel rôle motivent la recherche sur le sujet. Ainsi, la réflexion sur le pouvoir et le service menée par Jean dans son évangile ne vient pas « comme un cheveu dans la soupe », mais plutôt à propos pour approfondir la réaction des élèves à ce jeu.

 

Pour travailler les préconceptions des enfants sur le thème de la royauté dans le cadre de l’analyse du texte de l’onction de David, un étudiant demande simplement aux enfants de dessiner un roi et, rassemblant leurs dessins, met en évidence l’idéal royal des enfants (richesse, force, beauté…). Tout comme le prophète Samuel, ils auront sans doute tendance à choisir un roi selon l’apparence… et non selon le cœur.

L’activité est une situation mobilisatrice réussie : les représentations initiales des enfants sont mises en évidence ; le sentiment d’injustice ou le désir de jouer tel ou tel rôle motivent la réflexion sur le sujet. Ainsi, la réflexion sur le pouvoir et le service menée par Jean dans son évangile ne vient pas « comme un cheveu dans la soupe », mais plutôt à propos pour approfondir la réaction des élèves à ce jeu.

 

Pour d'autres idées d'activités d'accroche, voir ici.

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