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Alors que les franciscains vont fêter leurs 800 ans, une traduction française du texte à l’origine des « Fioretti » de saint François voit le jour. Cette traduction est plus complète, affirme Jacques Dalarun, qui dirige la nouvelle édition des « Sources franciscaines », et vient de répondre à une interview de Martine DE SAUTO, du journal « La Croix » (publiée le 26-09-2008). Il explique ce que ce texte nous apprend sur le « Poverello » et l’idéal franciscain. Le saint d’Assise, il est vrai, n’a pas manqué de légendes ; mais celles-ci étaient une manière d’exprimer par le concret l’idéal franciscain ; leur but était toujours d’ouvrir à leurs lecteurs un véritable sentier mystique.

À propos de notre thème, l’épisode du loup de Gubbio est un magnifique exemple : en fait, il montre comment la paix et la conciliation peuvent être une réponse à la violence et au pouvoir. N’est-ce pas un des enjeux de l’expérience franciscaine, comme de l’Evangile lui-même ? De nouveau, la légende nous dit, de manière symbolique, quelque chose d’essentiel ; elle nous redit autrement l’appel de Jésus.
Dans le livre d’Eloi Leclerc o.f.m., François d’Assisse, le retour à l’Evangile, (Desclée De Brouwer, 1981) il est intéressant de lire ces commentaires :
« Au mois d’août 1224, François se mit en route vers le mont Alverne, accompagné des frères Léon, Ange, Masséo, Rufin, Sylvestre et Illuminé. Il désirait se retirer dans la solitude pour se préparer, par un jeûne prolongé, à célébrer la fête de saint Michel. Il gravit à dos d’âne la montagne qui culmine à 1280 mètres. » François est alors profondément touché par la souffrance du crucifié. Une énergie nouvelle s’est pourtant emparée de lui. « Et, à dos d’âne, il entreprend une tournée de prédications en Ombrie et dans les Marches. Il lui arrive de visiter, dans la même journée, quatre à cinq bourgades, annonçant en chacune la Bonne Nouvelle. Partout où il passe, il lance un vibrant appel à la paix, à la réconciliation, au renouvellement des relations humaines dans le sens d’une vraie fraternité. Et les cœurs se laissent toucher. La célèbre histoire de la conversion du loup de Gubbio illustre cette action de François en faveur de la paix sociale ; elle n’est autre chose que la transposition poétique d’une paix conclue, grâce à François, entre la petite république italienne de Gubbio et l’un de ces féroces gentilshommes dont le brigandage faisait trembler de peur les habitants du pays. » (p. 217)

« Au temps de François, sévissait, dit-on, "un très grand loup, terrible et féroce, qui dévorait non seulement les animaux mais aussi les hommes, en sorte que tous vivaient en grande peur". Ce loup, nous avons appris à mieux le connaître ; il est de tous les temps ; il ne court pas les bois ; il se cache en chacun de nous et en chaque groupe humain, prêt à déchirer et à dévorer. Qui aujourd’hui nous délivrera de ce loup ? Celui-là sera vraiment "l’homme du siècle à venir" : il s’avancera, sans peur, sur les chemins de l’histoire ; des milliers de frères l’accompagneront ; et derrière eux, marchera, libre et joyeux, le grand loup apprivoisé. » (p. 248) C’est avec cette belle espérance que le célèbre auteur conclut son livre : celle de la conversion du loup qui nous habite.

Étienne Gathy

Lu sur www.pastorale-scolaire.net, le 24 novembre 2014