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« C'est la joie parfaite  » L'expression est bien connue et peut parfois être utilisée pour évoquer avec un peu d'ironie et/ou beaucoup de résignation un certain nombre d'événements ou de contrariétés qui traversent notre existence surtout lorsque ceux-ci s'accumulent.

Il s'agit bien souvent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Mais pour St François d'Assise, il n'est pas question de ressentiment, de résignation, mais vraiment de joie.


Même si François est aussi l'homme des larmes, du doute, la joie tout court est un trait naturel de sa personnalité, elle est l'expression de son tempérament généreux, d'une humanité riche de promesse, de potentialité, de culture, d'argent et d'amis. Le jeune François, chantre du Très Haut, nous est présenté par ses biographes comme un être enthousiaste, enjoué. Mais il devra attendre les dernières années de sa vie, subir le décantage d'une douloureuse épreuve, celle de la crise de l'Ordre, celle du rejet de ses frères pour découvrir la joie véritable et parfaite.

 


Mais qu'est ce que la joie parfaite ?


Le secret de la joie parfaite nous est dévoilé par François d'Assise à l'aide d'une parabole. Deux textes de la description de la joie parfaite nous sont disponibles :
* les Fioretti (1390) traduction italienne des Actus beati Francisci et sociorum ejus (1328-1343), présentent au chapitre 8 le texte le plus souvent cité.
* les Sources chrétiennes ont édité un texte moins connu, retrouvé en 1927 dans un manuscrit du début du XIVe, sans doute authentiquement rattachable aux Ecrits de François ou plus exactement aux textes « dictés ». Il semblerait que ce texte soit la source à partir de laquelle l'auteur des Actus a pu broder son récit.


Ce récit est plus sobre, plus mordant, plus incisif que celui des Fioretti. Il est difficile de le dater avec exactitude mais l'édition critique des Sources chrétiennes note que l'allusion à  "tous les maîtres de Paris et à tous les prélats, évêques et archevêques"  nous place à un moment où la diffusion de l'Ordre est telle que ce succès risque d'éloigner les frères de la voie de la simplicité et de la pauvreté évangéliques, sans doute après 1220.


Ce texte nous servira de trame pour redécouvrir des éléments essentiels de l'expérience spirituelle de François d'Assise, et pour entrer dans son chemin de Pâque et de joie.


Le même (frère Léonard) rapporta au même endroit qu'un jour, à Sainte Marie, le bienheureux François appela frère Léon et dit : « Frère Léon, écris. »
Et lui répondit : « Voilà, je suis prêt. »
« Ecris, dit-il, quelle est la vraie joie. Un messager vient et dit que tous les maîtres de Paris sont venus à l'Ordre ; écris : ce n'est pas la vraie joie.
De même, tous les prélats d'outre-monts, archevêques et évêques ; de même le roi de France et le roi d'Angleterre ; écris : ce n'est pas la vraie joie.
De même, mes frères sont allés chez les infidèles et les ont tous convertis à la foi ; de même, je tiens de Dieu une telle grâce que je guéris les malades et fais beaucoup de miracles : je te dis qu'en tout cela n'est pas la vraie joie.
Mais quelle est la vraie joie ? Je reviens de Pérouse et par une nuit profonde je viens ici, et c'est un temps d'hiver, boueux et froid au point que des pendeloques d'eau froide congelée se forment aux extrémités de ma tunique et me frappent toujours les jambes, et du sang jaillit de ces blessures.
Et tout en boue et froid et glace, je viens à la porte et, après que j'ai longtemps frappé et appelé, un frère vient et demande : Qui est-ce ? Moi je réponds : Frère François. Et lui dit : Va-t-en ; ce n'est pas une heure décente pour circuler ; tu n'entreras pas.
Et à celui qui insiste, il répondrait à nouveau : Va-t-en ; tu n'es qu'un simple et un ignare ; en tout cas, tu ne viens pas chez nous ; nous sommes tant et tels que nous n'avons pas besoin de toi.
Et moi je me tiens à nouveau debout devant la porte et je dis : Par amour de Dieu, recueillez-moi cette nuit.
Et lui répondrait : Je ne le ferai pas. Va au lieu des Crucigères et demande là-bas. Je te dis que si je garde patience et ne suis pas ébranlé, qu'en cela est la vraie joie et la vraie vertu et le salut de l'âme. »


Ce texte se présente comme une parabole pour expliquer d'abord ce que n'est pas la joie parfaite puis ce qu'elle est.


Ce que n'est pas la joie parfaite :
Des illustrations simples concernent tout d'abord l'expansion et la notoriété de l'Ordre. Les trois catégories de personnes citées représentent le pouvoir :
* Les maîtres de Paris le pouvoir de la science,
* Les prélats d'outre monts, archevêques et évêques le pouvoir spirituel,
* Le roi de France et d'Angleterre le pouvoir temporel.


La joie parfaite n'est ni dans la notoriété ni dans une certaine mondanisation. Si l'on peut comprendre la réticence du Poverello envers le pouvoir ou l'installation sociale, immobilière, financière d'un Ordre qu'il voulait pauvre, mendiant, itinérant, la seconde proposition peut paraître plus surprenante.


En effet, la conversion de tous les infidèles évoquée ici est tout à fait dans la ligne de la Première Règle :
Chapitre16 De ceux qui vont chez les Sarrasins et autres infidèles
Les frères qui s'en vont peuvent vivre spirituellement parmi eux de deux manières : une manière est de ne faire ni disputes ni querelles, mais d'être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de confesser qu'ils sont chrétiens. L'autre manière est, lorsqu'ils voient que cela plaît au Seigneur, d'annoncer la parole de Dieu pour que les infidèles croient en Dieu tout puissant, Père et Fils et Saint Esprit, créateur de toutes choses, au Fils rédempteur et sauveur, et pour qu'ils soient baptisés et deviennent chrétiens.


On sait par ailleurs l'importance de l'Evangile de l'envoi en mission dans la conversion de François. Puis lorsque des frères sont venus à lui, il les a envoyés conquérir au Christ le monde entier, musulman aussi bien que chrétien. Ses biographes précisent « qu'il exultait de joie lorsqu'il apprenait que ses fils donnaient des exemples personnels de sainteté, il comblait de ses bénédictions les plus gratifiantes les frères, qui par leur parole ou leur conduite, ramenaient des pécheurs à l'amour du Christ ». 2C155


Pourtant, la joie parfaite n'est pas dans la réussite missionnaire, si excellente soit-elle.
La dernière proposition concerne François lui-même dans le don qu'il pourrait avoir de ressembler au Christ dans la guérison et les miracles. Pour celui qui a reçu l'appel à suivre Jésus, celui qui s'est autoproclamé Héraut du Grand Roi, quelle plus grande joie pourrait exister que celle d'être identifié ainsi au Christ ?


Dans ces différentes propositions, il y a de manière évidente une dimension de plénitude qui est évoquée : tous les maîtres, tous les infidèles convertis, beaucoup de miracles... L'épanouissement de l'Ordre, la réalisation de ses plus grands désirs pourraient combler de joie cet homme ambitieux, pétri d'idéal, l'idole et le prince de la jeunesse dorée d'Assise qu'il a été.


De fait, François était ambitieux. Les deux premiers mots qui ont été conservés de lui par ses biographes en donnent bien la mesure :
« Un jour je serai l'idole du monde entier » 3S4
« Je sais que je deviendrai un grand prince » 3S5
1C2 « Il se voulait le premier de tous, croisant les places de la ville la tête haute et le geste large, entouré d'une troupe juvénile qui l'admirait et le prenait pour modèle. »


Son ambition certes a connu une conversion profonde ; le jeune François prit peu à peu conscience de l'impasse de ses désirs de réalisation personnelle dans une quelconque chevalerie ou dans des faits d'armes, pour désirer par dessus tout avoir l'Esprit du Seigneur, mais son ambition s'est transférée à l'Ordre et à sa mission, à l'exigence de la qualité de vie évangélique.


« Mais je te dis qu'en tout cela n'est pas la vraie joie »
La vraie joie n'est ni dans la réussite mondaine, ni dans l'assurance de la fécondité missionnaire, ni dans l'imitation ou la participation à la puissance même du Christ. Elle n'est pas dans cette plénitude.


«  Mais quelle est donc la vraie joie ? »
Le texte alors évoque une accumulation de circonstances dramatiques, la rudesse des éléments naturels, une scène de désolation dans la nuit, le froid et le gel, la boue et le sang...


« Tu ne viens pas chez nous »
François attend longuement à la porte du couvent, puis est rejeté par ses frères. Ce rejet est vécu d'autant plus douloureusement que nous sommes ici à Ste Marie des Anges, à Notre Dame de la Portioncule, le berceau de l'Ordre, la petite église que François lui-même a restaurée, le lieu où il entendit l'Evangile de l'envoi en mission, le lieu de révélation de sa vocation, là où il s'est écrié : « voilà ce que je veux, ce que je cherche, ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d'accomplir ! », le lieu enfin où se tenait le chapitre général.


Le lieu dont il disait : 1C 106 « Gardez vous bien de ne jamais quitter ce lieu, car ce lieu est vraiment saint et Dieu y habite. Ici dans les débuts, nous n'étions qu'un petit groupe et le Très Haut nous multiplia ; c'est ici qu'il a illuminé le cœur de ses pauvres par la lumière de sa sagesse ; c'est ici qu'il a enflammé nos volontés du feu de son amour. »


Le lieu du feu est devenu lieu de froid, le lieu de la fraternité est lieu d'exclusion.
« Va-t-en »
 

Ce n'est pas une heure pour circuler : serait-ce un désaveu de l'itinérance, cela signifie-t-il un repli sur un fonctionnement monastique alors que François a envoyé ses frères sur toutes les routes d'Europe ?...


« Tu n'es qu'un simple et qu'un ignare (idiota) » : le premier reproche reprend les mots mêmes de François quand il se désigne :
«  Nous étions sans instruction et soumis à tous » (Testament 19)
Simple, pas de ceux qui peuvent côtoyer le Roi de France ou celui d'Angleterre.
Ignare : pas de quoi entrer en dialogue avec les docteurs de Paris.


« Nous sommes tant et tels que nous n'avons pas besoin de toi »
Tant rappelle tous, tous les maîtres, tous les archevêques, tous les infidèles ; et tels, l'accent est mis sur la qualité de ceux qui appartiennent à un tel ordre auquel tous sont venus...
La parabole reprend sûrement ce que François est en train de vivre.
Son séjour en Egypte et au Proche-Orient a duré un an et s'est soldé par un échec : il n'a pas obtenu la conversion de l'Islam au Christ, ni le martyre tant désiré qui aurait couronné son exacte conformité du Seigneur crucifié. En plus de ses maladies habituelles, il en ramène une ophtalmie purulente qui le conduira à une quasi cécité.
Mais surtout François retrouve à son retour une fraternité déchirée. L'incompréhension s'est installée entre lui et la famille religieuse qu'il a fondée. Des frères très nombreux sont venus et parmi eux des nobles, des lettrés, des juristes, des clercs, des hommes d'affaires et la simplicité du petit pauvre leur paraît dépassée par les circonstances.
Les frères supportent de plus en plus mal d'être identifiés à des simples, occupant des emplois serviles et précaires et aspirent désormais à plus d'honorabilité... Même si François démissionne en confiant le gouvernement de l'Ordre à Pierre de Catane (1220), les frères réclament la rédaction d'une Règle définitive qui détaillerait leur forme de vie, leur préciserait minutieusement ce qui est obligatoire de ce qui ne l'est pas. François répugne à ce juridisme ; pour lui, la Règle, c'est l'Evangile. Les biographies primitives nous disent quelque chose de ce conflit mais aussi de l'attitude de François devant l'opposition de ses frères.


Légende de Pérouse n° 114
« Comme le bienheureux François se trouvait au Chapitre Général de Sainte-Marie de la Portioncule, appelé Chapitre des Nattes, et auquel assistaient cinq mille frères, plusieurs d'entre eux, hommes sages et savants, allèrent trouver le seigneur cardinal, le futur pape Grégoire, qui était présent au Chapitre. Ils lui demandèrent de persuader le bienheureux François de suivre les conseils des frères savants et de se laisser diriger par eux ».
« Je ne me croirais pas frère mineur si je n'étais pas dans la disposition que voici : Tout déférents et empressés, les frères m'invitent au chapitre et moi, touché de leur attention, je les y accompagne. Assemblés, ils me prient de leur annoncer la Parole de Dieu et de leur adresser quelques mots. Je me lève donc et leur dis ce que m'inspire l'Esprit saint. Supposons alors que, mon prêche terminé, tous me prennent à partie : « Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous car tu ne sais pas parler comme il convient. Tu es par trop nigaud et ignorant. Nous avons grande honte d'avoir à notre tête un supérieur aussi nigaud et méprisable. Dorénavant ne t'avise donc plus de te présenter comme notre ministre. » Et voilà qu'ils me flanquent à la porte avec perte et fracas. Eh bien ! je ne me croirais pas frère mineur si je n'éprouvais la même joie lorsqu'ils me conspuent et m'excluent avec mépris en me refusant pour supérieur que lorsqu'ils me révèrent et m'honorent. Pourvu que dans un cas comme dans l'autre, ils en tirent égal progrès et profit. » Miroir de perfection 64


Enfin, même par Amour pour Dieu, François n'est pas recueilli, alors que dès le début de sa conversion, l'imploration « par amour pour Dieu » venait à bout de toutes ses résistances :
Legenda Major1 : « Le Seigneur avait mis en son cœur un sens de la pitié qui le rendait généreux pour les pauvres, et ce sentiment grandissant en son cœur d'enfant avait fini par le remplir d'une telle bonté qu'il avait décidé - il n'était pas sourd lui quand on lisait l'Evangile ! - de donner à quiconque lui demanderait, surtout à qui lui demanderait pour l'amour de Dieu » .


La porte du couvent se ferme sur un conseil final : « Va chez les Crucigères et demande là-bas »


L'hôpital des Crucigères, ou croisiers, ordre hospitalier, à mi-chemin entre Assise et la Portioncule est un lieu d'accueil pour les lépreux. A l'apogée de la réussite de son œuvre, François est renvoyé par ses frères chez les lépreux. Là où pour la première fois il avait entrevu la face miséricordieuse de l'Amour. Il est jeté hors du berceau de l'Ordre pour rejoindre le lieu du commencement de sa vocation mais aussi le lieu du commencement de l'Ordre puisque le service des lépreux était le noviciat pour les candidats (LP 102)


Ce dernier conseil nous renvoie à une première Pâque, celle du baiser au lépreux et du passage de l'amertume à la douceur. Le secret de la joie parfaite pourrait avoir quelque relation avec le baiser au lépreux.


Le baiser au lépreux : le passage de l'amer au doux


« Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j'étais encore dans les péchés la vue des lépreux m'était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m'avait semblé si amer s'était changé pour moi en douceur pour l'esprit et pour le corps. Ensuite j'attendis peu, et je dis adieu au monde. » Testament 1-3
Au tout début de son Testament, François évoque une étape décisive dans sa conversion, un événement de grâce qui va tout déclencher et donner à sa vie son impulsion définitive : la rencontre du lépreux.
C 17b, 3S11B, 2C9c, LM1/5


Alors que les biographes se plaisent à souligner la bonté et la générosité de François pour les pauvres, ils évoquent tous une exception notoire : devant le lépreux, François capitulait. Incapable de supporter le spectacle, il tournait le dos en se bouchant le nez. « La vision des lépreux lui était à ce point pénible que non seulement il refusait de les voir, mais même de s'approcher de leurs habitations ; s'il lui arrivait parfois de les voir ou de passer près de leur léproserie, et bien que la piété le poussât à leur faire l'aumône par l'intermédiaire d'une autre personne, il détournait le visage et se bouchait le nez avec les doigts » 3S 11


Sans doute est-ce le reflet de l'exclusion que la société de son temps imposait aux lépreux. Mais la défiguration de la lèpre touche profondément François dans la représentation qu'il se fait de lui-même, du monde, du prochain.


Le lépreux est l'exacte image de tout ce que François déteste : un être au corps rongé, au visage mutilé et défiguré, l'image d'une réalité horrible qui inspire le dégoût, qui fait le vide autour de lui, la parfaite antithèse du jeune homme, soigneux de sa personne, adulé de tous et promu roi de la jeunesse d'Assise. Le lépreux est pour lui la pire émanation de tout un monde d'humiliation, de misère et de souffrance auquel, avec la bonne société d'Assise, il tourne résolument le dos.


Comment François aurait-il pu accepter avec sérénité la vue d'un lépreux qui mettait si brutalement en question tout ce qui faisait le charme de sa vie ? Comment « l'esthète » aurait-il pu supporter une telle laideur ?


Le lépreux est tout à fait l'emblème de l'abjection avec les composantes d'avilissement et de mépris ; abjection par laquelle les hommes cessent de se reconnaître et/ou d'être reconnus comme des sujets à part entière et dignes de respect ; une abjection qui ampute l'autre si différent de son humanité. Cessant d'être un semblable à respecter, l'autre n'est plus qu'un étrange individu dont il faut se protéger, il n'existe plus comme personne, comme frère.


Fermer les yeux, ne pas voir le lépreux, éviter les chemins qu'il fréquente, oublier que la lèpre existe dans le monde, dans les autres, en lui-même ; François tente de se construire un monde sans lépreux...


Mais ce monde-là n'est pas le monde. En refusant de voir le lépreux, c'est la réalité que François refuse ; la réalité avec toutes ses limites, sa finitude, ses frustrations, son cortège de misères ; sans doute aussi sa propre réalité. Le Très Haut que loue ou que recherche François, image facile pour un monde sans malheur, n'est pas encore le vrai Dieu, celui qui va se révéler à lui Dieu de miséricorde et Serviteur souffrant qui n'a plus figure humaine.


Un jour où François priait et cherchait à connaître la volonté du Seigneur, il obtint cette réponse : 
« Tout ce que tu as aimé et désire posséder égoïstement, il faut que tu le méprises et le haïsses, si tu veux connaître ma volonté. Quand tu auras commencé à le faire, ce qui auparavant te semblait agréable et doux te sera insupportable et amer, tandis que de ce qui te semblait horrible tu tireras une grande douceur, et un agrément sans mesure » 3S 11


François donne ses vêtements, son argent, il fait l'aumône mais il n'est pas prêt à se donner, à se perdre... à mourir à lui-même, à l'idéal, à l'image, à l'idole.


« Mais le Seigneur me conduisit parmi eux. »
François guidé par Dieu consent à s'approcher, à regarder, et le consentement à la réalité se fait proximité, engagement, rencontre.


« Et je les soignais de tout mon cœur »
François s'arrête, s'approche, reconnaît le visage défiguré comme un autre lui-même. Il témoigne respect et affection, il prend soin. Et en l'embrassant, François rend au lépreux un corps humain et un visage fraternel. Il fait miséricorde, il entre dans une véritable compassion, il consent à servir et à aimer jusqu'au bout, à promouvoir la tendresse, la rencontre, la présence dans la détresse, dans l'insupportable pourtant. Il manifeste au lépreux cette conviction que son existence a encore un sens et une valeur, alors qu'elle met à jour son extrême fragilité.

Les Fioretti 25 nous racontent une rencontre avec un autre lépreux, hébergé et soigné par les frères mais qui ne cessait de blasphémer et d'injurier le Seigneur Dieu et sa Très sainte Mère. Avant de renvoyer ce lépreux agressif, les frères demandent conseil à leur père. François admoneste le rebelle, l'invite à la patience et à l'offrande de ses souffrances... Invitation reçue avec colère et refus. François, après avoir prié revient voir le malade et lui parle ainsi :
« Mon fils, je veux te servir moi-même, puisque tu n'es pas content des autres. » - «  Je veux bien » dit le malade, « mais que pourras-tu me faire de plus que les autres ? « Saint François répond : « Ce que tu voudras, je le ferai. »  Le lépreux dit : « Je veux que tu me laves tout entier, car je pue si fortement que je ne peux pas me souffrir moi-même. » Alors saint François fit immédiatement chauffer de l'eau avec beaucoup d'herbes odoriférantes, puis le déshabille et commence à le laver de ses mains pendant qu'un autre frère versait de l'eau. »


« Ce que tu veux, je le ferai. » Il s'agit d'accepter le risque total, sans position de repli, d'oser une ouverture radicale, une disponibilité sans faille. François rejoint Celui qui a livré sa vie pour ses frères, Celui qui a aimé jusqu'au bout. Il peut entrer dans la joie de son maître : ce qui était amer s'est changé pour moi en grande douceur...


Il peut nous être ainsi donné parfois de nous découvrir riches et vivants d'une relation compatissante maintenue ; riches et vivants de l'affection donnée et reçue, quelquefois dans l'insupportable pourtant, dans la difficulté bien souvent. Mais cet insupportable nous a-t-il provoqué à penser autrement, et plus grand la dignité de l'existence humaine ; cet insupportable nous a peut-être fait devenir plus nous-mêmes, plus humains dans l'acceptation de l'autre si différent, et si semblable à la fois. L'intuition de la dignité infinie peut alors susciter une générosité, une sollicitude pour autrui qui peut aller jusqu'au don de soi. Et tout particulièrement quand nous sommes devant notre semblable si dissemblable. Si blessé, si amoindri soit-il, tout humain est une image véridique de la condition humaine, tout visage humain est un visage fraternel.


Accepter de rester présent à l'autre dans des situations souvent sans solutions satisfaisantes, sans se réfugier dans la bonne image que l'on veut garder, c'est un passage, une pâque qui coûte une perte, la perte de l'illusion, la perte de la toute-puissance. Celui qui traverse cette épreuve n'est plus le même, il a ouvert en lui un espace où l'autre a sa place.


Dans la Legenda Major de St Bonaventure, le lépreux disparaît mystérieusement. Peu après « tandis qu'il (François) priait à l'écart et que, par l'excès de sa ferveur, il était tout absorbé en Dieu, le Christ Jésus lui apparut comme fixé à une croix. A sa vue, son âme fut liquéfiée ; et la mémoire de la passion du Christ s'imprima si viscéralement et si intimement en son cœur que, depuis cette heure, quand il pensait à la passion du Christ, il avait grand peine à retenir au dehors ses larmes et ses gémissements.
Alors qu'autrefois non seulement être avec les lépreux, mais même les apercevoir de loin lui inspirait une horreur violente, maintenant, à cause du Christ crucifié qui, selon la parole du prophète apparut méprisable comme un lépreux, il manifestait aux lépreux dans sa piété bienfaisante les marques de l'humilité et de l'humanité. Il leur rendait souvent visite chez eux, leur offrant libéralement des aumônes et avec un vif sentiment de compassion, il leur baisait les mains et le visage avec affection. »


Tous les lépreux sont devenus les icônes vivantes du Christ. Et le service et la proximité deviennent sources de joie : 1Rg 9,2 Les frères doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades et des lépreux. Vivre parmi les lépreux, vivre avec le Lépreux, c'est une seule et même réalité.


Nous pouvons voir dans les textes un chemin de Pâque se dessiner entre l'amertume et la douceur.


Dans la seconde Lettre à tous les fidèles 69
« Mais prenez garde, aveugles ; vous vous êtes laissé séduire par vos ennemis, qui sont la chair, le monde et le diable, parce qu'il est doux pour le corps de commettre le péché, et très amer de servir Dieu », le péché est lié à la douceur et le service de Dieu à l'amertume. Il faut donc quitter le doux et consentir à l'amer, mais l'amertume embrassée devient grande douceur pour l'esprit et pour le corps (Testament 3). Pour François, l'amertume est le passage obligé de la conversion : il est très amer de servir Dieu, c'est-à-dire de servir les lépreux. L'amertume du service de Dieu, c'est de rencontrer les lépreux et de les soigner avec toute la miséricorde. En acceptant d'entrer dans l'amertume de la lèpre, alors on ressent la douceur divine. Mais la traversée est rude et le passage exigeant...


Le terme de douceur est souvent évoqué par François (ou ses biographes) pour qualifier Dieu ou sa relation à Dieu. François est envahi par la douceur divine dès le début de sa conversion ; le soir où il est élu roi de la jeunesse d'Assise, il s'éloigne de ses amis et se met à chanter dans son cœur les louanges du Seigneur et il nous est précisé « la douceur divine l'inondait » 2Cel7. Plus tard, quand le crucifix de st Damien s'adresse à lui, Il le fait « avec douceur et bienveillance » (3S13). Et en septembre 1224, lorsqu'il compose les Louanges de Dieu, il chante la douceur de Dieu à deux reprises :
« Tu es beauté, tu es douceur
tu es notre abri, notre gardien et notre défenseur,
tu es la force, tu es la fraîcheur
Tu es notre espérance,
tu es notre foi,
tu es notre amour,
tu es notre grande douceur,
tu es notre vie éternelle,
grand et admirable Seigneur,
Dieu tout puissant, ô bon sauveur ! »

Louanges de Dieu 5-6


Cette prière est écrite après la stigmatisation. Il sait alors dans sa chair ce que veut dire goûter la douceur divine, une douceur qui n'est jamais séparée de l'amertume, que ce soit celle des lépreux ou celle de la croix.

 


« Sans aucun pouvoir de domination », dans l'obéissance parfaite : la Pâque de la vie fraternelle


 


L'invitation du portier à retourner chez les Crucigères nous a rappelé la première Pâque de François : quand le lépreux ou l'étranger devient un frère.


Mais le rejet des frères supporté avec patience, sans en être profondément ébranlé, nous oriente peu à peu vers une autre Pâque, un autre passage, un autre chemin : quand je deviens lépreux ou étranger pour mes frères...


Le passage par l'amertume traverse la vie fraternelle. On sait l'insistance de St François sur le vivre en frères. S'il accorde autant d'importance à la vie fraternelle et à la qualité de la vie commune, c'est parce que l'originalité de son nouvel ordre naissant repose en partie sur le défi d'une fraternité évangélique instituant un nouveau mode de vie communautaire. A l'image de la société du XIIIe qui aspire à quitter un modèle de relations sociales défini par la subordination pour de nouveaux modèles fondés sur l'association, François veut insuffler dans ces premières fraternités itinérantes et pauvres de nouveaux rapports humains, rejetant tout pouvoir de domination, toute préséance de l'avoir ou du savoir, excluant toute espèce de classe. Il rejoint les aspirations de son temps, mais cet appel à vivre frère de tous s'enracine surtout dans la contemplation du mystère trinitaire.


François se laisse saisir par Dieu Trinité, Dieu Créateur et Sauveur, Dieu qui est en Lui-même communion, réciprocité, échange, désappropriation. Le Don de Dieu dans la Création est gratuité, désintéressement radical, bonté infinie. La création est un don et non une emprise ou une domination tyrannique. En accueillant cette « donation-création », l'homme fait sien le don qui lui est fait, le don qu'il est. Il reconnaît qu'il n'est pas à l'origine de son existence ; et, consentant à sa création, il la ratifie, et s'inscrit librement dans le champ d'une dépendance radicale. Vivre humain, c'est s'accepter fini, créé. C'est renoncer au rêve d'une indépendance et d'une toute-puissance absolues. C'est s'accepter reçu d'un autre. Et la finitude consentie peut s'ouvrir alors à l'inattendu, à l'inouï, à l'infini de Dieu, dans l'ouverture à l'Autre ; un Autre qui m'appelle, me nomme, un autre auquel je réponds « me voici ».


Cette existence de fils peut s'expérimenter et comme plénitude et comme pauvreté : plénitude dans la prise de conscience du don, mais pauvreté dans la dépendance éprouvée et dans l'impuissance à capter en soi-même la fécondité de l'être. Lorsque François est assigné par son père Bernardone devant l'évêque Guido d'Assise, il se dépouille de tous ses vêtements, les remet aux pieds de son père et dans un dépouillement radical, il déclare : « Jusqu'ici je disais : mon père Pietro Bernardone, désormais je dirai : Notre Père qui es aux cieux » 3S20
Cette filiation fondatrice reconnue, acceptée, mène alors à la rencontre d'autrui. La reconnaissance du partage du même don de la vie ouvre l'espace de la relation fraternelle et la compréhension de tout autre comme donné comme frère par le Père. La filiation, cette existence à partir du don de l'Autre s'accomplit dans une vie donnée à l'autre, au frère. Alors l'homme peut percevoir une communauté profonde de destin, un « être-ensemble » à construire, une cité de frères. L'appel vers la naissance est un appel à naître ensemble. C'est ainsi en instaurant une véritable fraternité universelle que l'homme répond à sa vocation.


Seule la reconnaissance (sans doute au deux sens du terme : aveu et gratitude) de notre nature créée, de notre communauté de nature avec tout homme, peut éveiller un amour de bienveillance, un amour gratuit et universel, reçu et accueilli et qui, alors, porte à donner ; à donner à l'image du Christ, Homme se recevant totalement du Don du Père et entièrement livré à ses frères. Lui qui a vécu sa filiation dans la désappropriation radicale et dans l'obéissance parfaite. Au récit de la chute d'Adam répond l'Hymne aux Philippiens (Ph 2, 6-11) : « Lui, qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir (un rapt...) d'être l'égal de Dieu. »


La fraternité peut alors connaître l'extrême de l'amour, l'extrême de la gratuité du Don dans le service, dans l'amour du frère surtout lorsqu'il n'est pas réciproque, dans le pardon inconditionnel.


François exhorte en ce sens un ministre (général ou provincial) quelque peu découragé par le poids de sa charge et par ses difficultés avec ses frères.
Lettre à un ministre
Au frère, ministre : que le Seigneur te bénisse.
Je vais t'expliquer comme je le puis ton cas de conscience. Des soucis ou des gens - frères et autres personnes - t'empêchent d'aimer le Seigneur Dieu ? Eh bien ! même si en plus, ils allaient jusqu'à te battre, tu devrais tenir tout cela pour une grâce. Tu dois vouloir ta situation telle qu'elle est, et non pas la vouloir différente. Considère cela comme une vraie charge ou « obédience » que le Seigneur Dieu et moi nous t'imposons, car telle est, j'en suis certain, l'obéissance véritable. Aime ceux qui te causent ces ennuis. N'exige pas d'eux, sauf si le Seigneur t'indique le contraire, un changement d'attitude à ton égard. C'est tels qu'ils sont que tu dois les aimer, sans même vouloir qu'ils soient (à ton égard) meilleurs chrétiens. Ce sera pour toi plus méritoire que la vie en ermitage.
Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m'aimes, moi, son serviteur et le tien : si n'importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu'il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S'il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s'il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m'aimes, et cela pour l'amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux.


Garder patience dans ses rapports avec les autres, n'être point ébranlé par la fracture de la vie fraternelle, aimer toujours et malgré tout, de là peuvent naître une joie et une paix véritables ; paix et joie qui viennent de la prise de conscience de notre pauvreté radicale, de notre réalité devant Dieu (« Tel est un homme devant Dieu, tel il est sans plus » Admonition 20) mais surtout de l'attachement au Christ pauvre. « Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu ».

Le sommet de la démarche d'amour du Christ, ce ne sont pas les miracles, les prophéties, tout culmine au moment où abandonné de tous, repoussé, renié, condamné à mort par ceux-là mêmes à qui il apporte la vie, le Fils de Dieu continue malgré tout à aimer.


La réussite de vie évangélique de François n'est pas dans la qualité de ses vertus, le rayonnement de son exemple, la fécondité de son œuvre. Elle éclate dans l'échec où François, refusé par ses frères, communie totalement à la destinée du Christ. La joie parfaite surgit à l'extrême de l'amour.


Depuis l'appel du crucifix de Saint Damien en 1205, François a voulu suivre les traces du Christ pauvre et humilié. Dans l'expérience du rejet de ses frères, il découvre la dimension intérieure de la croix, le suprême témoignage de l'amour le plus grand qui est de se donner soi-même pour ceux qu'on aime (Jn 13,13). Le lavement des pieds trouve son sommet dans l'obéissance aux frères, dans le refus de tout pouvoir de domination... Dans sa troisième Admonition, François évoque la dimension pascale de l'obéissance : « Encourrait-on les persécutions de certains (...), on ne devrait que les en aimer davantage, pour l'amour de Dieu, car celui qui, bien loin de divorcer d'avec ses frères, préfère supporter leur hostilité, celui-là reste dans l'obéissance parfaite : l'obéissance qui va jusqu'à donner sa vie pour ses frères  ».


En le comprenant et en acceptant d'aimer jusque là, François se vide de lui-même : « Seigneur, je te remets la famille que tu m'as donnée » Miroir de Perfection 81
François apprend à être pauvre, même en amour ; il découvre l'amour sans amour propre.


Ce n'est pas dans le malheur ou l'adversité que se trouve la joie, ni même dans le stoïcisme ou la résignation, mais dans l'attitude fraternelle inchangée, dans le refus de laisser s'affadir la conviction évangélique qui fait croire en l'amour donné et reçu, en la fécondité de l'amour gratuit. Si la traversée de l'épreuve de la déception, de l'incompréhension, de l'ingratitude, se fait sans altérer les relations fraternelles, sans affaiblir la vision du monde qui a été choisie « voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche », la joie est au rendez-vous.


La joie parfaite ou la parfaite liberté ne consiste pas à être un saint éminent, ni un prodigieux thaumaturge, ni un ardent charismatique, ni un théologien génial, ni un missionnaire qui convertit à la foi chrétienne tous les infidèles. Elle consiste à accepter avec patience la blessure de la fraternité, à être chassé par le portier de son propre couvent, à vivre la fraternité avec un cœur de pauvre.


Cette longue épreuve s'achève en novembre - décembre 1223. La joie peut éclater dans la célébration de la nuit de Noël à Greccio. Désormais seront indissolublement liés pour Saint François d'Assise «  l'humilité de Jésus dans l'Incarnation et son amour dans la Passion », (1C84).


 Loué sois-tu mon Seigneur pour notre sœur la mort corporelle


C'est la même joie qui éclate dans le Cantique des Créatures ou de Frère soleil. Il nous est impossible de comprendre ce cantique sans le rattacher directement à l'expérience profonde de François évoquée précédemment, à son existence intime avec le Christ.
Lorsque François chante et exalte la beauté et la bonté de Dieu reflétées par la Création, aveugle, il n'en voit ni n'en goûte plus la douceur. Il loue et remercie son Seigneur pour frère soleil dont le moindre rayon blesse ses yeux meurtris, pour sœur Lune et les étoiles dont il ne distingue plus la clarté. Mais surtout son chant culmine sur la louange et l'action de grâce pour l'œuvre de Dieu dans l'homme : la réconciliation dans le pardon, le consentement dans l'épreuve et l'accueil de notre sœur la mort corporelle dans l'abandon confiant à la très sainte volonté du Père. C'est le chant de louange d'un homme pacifié, pleinement réconcilié avec ses frères, ses semblables, sa finitude.


C'est le chant d'un homme habité par la Passion du Très Haut, mais un Très Haut que l'on ne peut rencontrer, nommer, qu'en grande humilité, dans la communion avec ce qu'il y a de plus simple, de plus bas. Celui qui tout d'abord se reconnaît indigne de nommer Dieu, accepte de le louer avec toutes les créatures, en se rangeant humblement parmi elles, en communiant fraternellement avec elles, jusque dans la célébration du pardon, dans l'accueil de la finitude et ultimement de la mort comme une sœur.


La liberté de l'homme n'est pas seulement liberté de choix lorsqu'on est devant une alternative, mais aussi dans le fait de consentir à ce qui lui arrive, lorsqu'il ne peut plus choisir.
Y compris devant la mort, l'homme peut convertir la mort en parole de vie. Sa grandeur se dit dans la manière d'appréhender et de vivre sa finitude. Cette attitude ouvre une autre manière d'être : non la maîtrise qui passe par un faire mais par l'accueil, l'abandon. La puissance véritable naît du renoncement à se posséder et à posséder tout. Au creux de la vulnérabilité consentie. Alors ce qui blesse ou écrase peut devenir étrangement fraternel. Alors il peut nous être donné de goûter quelque chose de la joie et de la résurrection dans ces traversées où nous passons de l'imaginaire à l'humble assomption de la réalité, d'un travail de deuil à un travail de Pâque, de l'amer au doux.


Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;
à toi seul ils conviennent, ô Très Haut,
et nul homme n'est digne de te nommer.
(...)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
heureux s'ils conservent la paix,
car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper. (...)
Heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !

Lu sur www.soeur-saint-francois-assise.org, le 21 janvier 2015.