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Pas toujours facile d’accepter les décisions et les comportements de nos grands enfants ! Surtout quand nos propres convictions s’en trouvent heurtées de plein front... Comment couper le cordon sans couper l’amour ?

Des rêves brisés

« Au départ, chaque parent a une image idéalisée de son enfant, rappelle la psychologue Lucie Martin. Quand le rejeton s’en éloigne trop, c’est comme si quelque chose s’écroulait ». L’exemple de Roland, le père d’Anne, est éloquent. Son plus cher désir avait été d’avoir une fille. Une fille qui se marierait, mènerait une vie rangée comme tout le monde et lui donnerait peut-être des petits enfants. Or un jour, il y a dix ans, Anne lui apprend qu’elle est lesbienne. Profondément blessé dans son orgueil, Roland s’est senti déshonoré, humilié. La nouvelle a été un choc dont il ne s’est pas remis.

Pourtant, n’est-il pas utopique de croire que nos enfants épouseront sans broncher nos principes et nos valeurs ? C’est bien ce que Gabrielle et Julien ont constaté, après avoir appris que leur fille vivait en concubinage: « Le premier choc passé, mon époux et moi avons réfléchi à notre relation avec notre fille et nous avons décidé de lui faire confiance, d’accepter son choix, se souvient Gabrielle. Cela semble banal aujourd’hui, mais ça se passait il y a plus de 20 ans ! Et ce n’était pas exactement la mode... » […]

Respectons-nous

La question est de savoir ce qui dans la balance pèse le plus : mon orgueil et mon autorité ou mon amour pour l’enfant ? « Tenter de comprendre puis accepter, cela ne signifie pas être d’accord », précise Mme Martin. Le parent n’a pas à renier ses principes. De toute façon, l’enfant ne lui demande pas ça. Quand on a compris que tout ce qui est en jeu est le respect mutuel, n’est-il pas plus facile de maintenir la relation ? C’est bien ainsi que la mère d’Anne voyait les choses : « Je ne m’attendais pas à l’homosexualité de ma fille, mais je crois qu’il lui faut vivre selon son orientation. Sinon, comment s’épanouira-t-elle ? » C’est sans doute là seule attitude à adopter si nous aimons notre enfant pour lui même et non pour la somme de rêves dont nous l’avions paré, même inconsciemment. […]

La porte ouverte

[…] « Il était normal que notre fils revienne ici à sa sortie de prison. Et ce n’était pas en lui fermant la porte qu’on l’aiderait. Il a commis une faute, on ne peut rien y changer. Mais on ne peut lui jeter constamment la pierre. Je lui ai dit qu’il devait se reprendre et réparer les pots cassés. De notre coté, je crois qu’il faut l’encourager »

...ou fermée

Mais on aura beau donner l’heure juste à l’enfant – « je n’aime pas ce que tu fais, même si toi je t’aime toujours » -, il faut aussi se rendre à une triste évidence : on ne pourra pas infailliblement le récupérer. Quelquefois, on devra fermer la porte. Ce sera le cas si on se trouve aux prises avec un délinquant devenu parasite, qui gruge non seulement nos économies mais aussi notre énergie et notre moral.

Marie-Josée Lacroix, Le Bel Âge, oct. 1993.