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La vie pose question

Les situations proposées aux enfants lors de la phase d’éveil sont directement tirées de la vie de tous les jours et les plus proches possibles du quotidien et des préoccupations des enfants. Elles peuvent surgir de la vie concrète de la classe (une dispute raciste, un choix qui ne correspond pas aux clichés de genre habituels, un problème avec le règlement) ou de l’actualité (une situation que les élèves apportent d’eux-mêmes en classe ou proposée par l’enseignant).

Dans le premier cas, il est capital pour l’enseignant de ne pas « utiliser » un élève pour provoquer la motivation qu’il désire. Si une situation concrète est choisie, cela se fera avec délicatesse (peut-être même faudrait-il en demander la permission à l’enfant) ; délicatesse qui m’empêchera parfois d’embrayer, même si c’est tentant, sur l’analyse du cas. De toute façon, ce dont il s’agira en classe, ce n’est pas de travailler le cas précis vécu comme déclencheur, mais ce type de cas.

 

Motiver

Le professeur tentera de provoquer l’étonnement et la passion (à tout le moins l’intérêt). La situation de départ doit intriguer, poser des questions, remettre en cause des évidences. Par exemple, sur les questions de genre : « Madame, c’est vrai qu’on peut être un danseur quand on est un garçon ? » ou sur la sexualité en secondaire : « Peut-on vraiment vendre sa virginité aux enchères ? »

La phase d’éveil peut se présenter en situation-problème, donc pas en problème à résoudre, mais en situation qui pose question. Il importera de faire vivre cette situation de départ avec une certaine émotion lorsque cela est possible afin d’ancrer le désir de recherche.

 

La collecte des questions et des représentations

Si votre situation de départ est bien choisie, elle devrait provoquer pléthore de questions. Ou d’assertions simplistes divergentes. Soit on ne comprend pas et on se pose des questions. Soit on croit savoir et l’on avance sans penser des réponses rapides qui veulent clore le débat.

Ces représentations mentales sont mises en évidence et recueillies par la classe. Parfois, c’est moins l’événement lui-même que la pluralité des représentations qui pose question. Le professeur, en effet, pourrait lancer la classe  dans une réflexion que chacun pensait évidente, mais pour laquelle il connaît la diversité des opinions. Par exemple : que penseront les enfants lorsqu’ils constateront que leur conception personnelle de la famille ou de la parentalité n’est pas partagée par tous ?

 

Le tri et le choix des questions de travail

La phase d’éveil est le moment où l’on va rassembler les questions et où le professeur, idéalement avec le groupe classe, va choisir les questions de travail. Ce travail de négociation n’est pas toujours facile à mener, chacun désirant porter la classe vers sa réflexion personnelle.

 

Comment opérer ce tri ? Un premier regroupement en questions qui se ressemblent permet de limiter les choix et de se rendre compte du poids de certaines questions par rapport à d’autres.

Dans un deuxième temps, le professeur peut écarter les questions hors propos. Hors du sujet, ou trop éloignées du cours de religion. (Par exemple, si une catastrophe naturelle peut interpeller sur la solidarité ou sur la mort des innocents, la question du « comment » c’est arrivé relève plus des cours d’éveil ou de sciences.)

Enfin, le professeur écartera les questions fermées à réponse unique ou trop évidente. Pour prendre en compte les intérêts des enfants qui les avaient formulées, il peut éventuellement prendre quelques minutes pour y répondre. C’est aussi une bonne manière d’entrer dans le sujet.

 

Dans certains cas, il peut être pertinent de créer plusieurs groupes de travail, chacun avec sa question propre. À noter que cela augmente sensiblement la charge de travail de l’enseignant qui se devra de fournir ou vérifier la documentation de chacun des groupes.

 

La mise en place d'un projet

Collectivement, le groupe décide d’un projet qui permettra de travailler les questions retenues. Ce projet de tâche à accomplir peut être collectif ou individuel (améliorer le règlement de la classe, écrire un article pour le journal de l’école, présenter une exposition…)

Ce projet peut être la résolution ou la prise de position personnelle sur un dilemme éthique complexe. Par exemple, écrire une lettre à une amie fictive qui se trouverait dans une situation proche de celle travaillée.

 

Des traces écrites de la réflexion préliminaire et du projet envisagé doivent se retrouver dans les notes des élèves : les questions de travail, les opinions échangées, la démarche proposée, voire déjà les consignes de travail.

 

Exemple d'activité d'accroche

Pour les enfants du primaire, partir d’un épisode de dessin animé pourrait être intéressant. Dans la série Ben 10, un petit garçon se trouve avec des pouvoirs phénoménaux à portée de la main. On pourra y trouver l’un ou l’autre épisode sur lequel faire réagir les enfants.

Par exemple, dans l’une des histoires, le petit garçon se retrouve à court d’énergie au moment de combattre le méchant car il en avait abusé précédemment pour s’amuser et taquiner sa cousine, Gwen. Dans d’autres, on le voit s’amuser à faire des « bêtises » avec son cousin Kévin, jusqu’à mettre la vie des autres en danger.

On peut imaginer des questions autour de l’usage légitime de la force (tout pouvoir est donné dans un but, puis-je l’en détourner à mes profit ?), ou sur la nécessité de punir les méchants, ou sur l’ambivalence du pouvoir, ou sur la nécessité même de super pouvoirs pour rendre la justice. Faut-il être tout puissant et violent pour combattre le mal ou simplement s’en sortir dans la vie ?

 

Dans un cours de secondaire, j'avais provoqué la réaction des élèves (et des parents) en les confrontant au choix de Cindy, 19 ans, désirant mettre sa virginité aux enchères pour démarrer sa vie confortablement. Des questions autour de la dignité, de la prostitution, du sens de la sexualité, du regard des proches ont surgi en quelques minutes.

 

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