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Données objectives et contextuelles

Dans un premier temps, il convient de postposer la réponse ou la mise en place du projet. Il faut commencer par élargir les horizons, prendre du recul, saisir les enjeux de la question.

L’enseignant a entendu les préconceptions des élèves. Il pourrait par exemple, proposer un document ou une expérience qui mette à mal ces conceptions et les force à un déplacement mental. À agir ainsi, il est probable que le professeur se retrouve soit face à un refus de remettre ses certitudes en question, soit à une demande de réponse alternative rapide et rassurante (« Dites-moi ce qu’il convient de penser. ») Face à ce refus de penser la question, l’enseignant peut se trouver désarmé ou se rendre compte qu’il n’avait pas lui-même perçu tous les enjeux affectifs présents derrière la thématique. Parfois, ce refus est discret, voire inconscient, et l’enseignant ne s’en rendra compte qu’au moment de la production finale pauvre et sans remise en question.

Quoiqu’il en soit, la phase de documentation est, entre autres, un moment de vérité. C’est l’étape du cours où des données objectives peuvent venir mettre en doute les certitudes des élèves. C’est le moment où l’on se rend compte que les choses sont plus complexes qu’il n’y parait.

La documentation devra permettre une meilleure compréhension de la problématique, de ses enjeux et de sa complexité.

 

Une pluralité d’approches

Outre les données objectives relatives à la problématique, la classe prendra également connaissance de différents points de vue sur le sujet abordé. On glissera par exemple de la question de la légalité de telle action (donnée objective) à celle de sa légitimité morale ou de son utilité. Dans le cas d’une organisation concrète de projet, on passera de l’analyse des besoins et des ressources à  la découverte des différentes modalités possibles pour la réalisation.

L’enseignant propose plusieurs regards autorisés sur la question, parfois contradictoires (c’est souhaitable). L’un de ces regards sera chrétien.

 

Des grilles de lecture

Il ne suffira pas de placer la classe devant un film ou un documentaire, un texte de loi, un témoignage, un évangile pour que les enfants y découvrent comme par enchantement les notions essentielles qui apportent quelque chose d’important au débat.

Un film, un texte de loi, un évangile, un article de psychologie ou journal ne se lisent pas de la même manière et ne sont pas toujours directement accessibles aux élèves. Il faudra donc fournir des clés de lecture aux élèves, sous forme de grilles d’analyse pertinentes. L’équilibre est difficile à trouver entre des grilles très performantes mais très lourdes à s’approprier et d’autres faciles d’accès mais peu pertinentes. Le professeur adaptera, compilera les grilles possibles afin qu’elles soient le plus adaptées à son public.

Si plusieurs documents sont travaillés durant la phase de documentation, il est préférable de ne pas multiplier les grilles d’analyse. S’approprier une grille d’analyse de façon efficace prend parfois du temps et il est préférable que les élèves s’exercent sur plusieurs documents plutôt que changer de méthode toutes les 50 minutes.

En finale, l’objectif est moins de comprendre le document dans son ensemble et dans toutes ses nuances que d’en dégager les éléments qui contribueront à la recherche. À la fin de la phase de documentation, les apports de chaque documents sont formalisés et rassemblés pour former un corpus de notions construit et accessible pour la suite du travail.

 

Choix des documents

Le choix des documents est crucial et de leur qualité dépendra souvent la profondeur de la réflexion des enfants. Ils doivent être

  • Assez facile d’accès (moyennant une grille d’analyse)
  • Et pourtant profonds
  • Pertinents
  • Divergents
  • Dont un chrétien
  • Et pourtant pas trop nombreux
  • Et cela, pour chacune des thématiques travaillées

 

De tels documents sont rares et difficiles à trouver. C’est sans doute la raison pour laquelle, même après plusieurs essais, les enseignants se résignent souvent à les apporter eux-mêmes.

Idéalement, pourtant, la phase de recherche de la documentation devrait pouvoir être menée par les élèves. Cependant, cette phase de recherche documentaire doit faire l’objet d’un apprentissage et d’un accompagnement propres. Il ne suffit pas de demander que chacun amène un article sur le sujet pour que de nombreuses perles sortent du lot. Je prône l’encadrement de cette recherche par le professeur en salle informatique et en bibliothèque. Cette recherche devra être critériée, guidée et évaluée afin d’en garantir de meilleurs fruits.

 

Combien de points de vue différents faut-il privilégier ? De mon expérience, je trouve que trois ou quatre approches, maximum cinq sont un bon choix. Pourquoi pas deux ? Parce qu’alors la réflexion semble tomber dans un choix dichotomique avec un « bon » choix et un « mauvais ». Pourquoi pas plus ? Parce que, d’abord, il est rare de trouver beaucoup plus d’opinions différentes et intelligentes sur un même sujet. Multiplier trop les approches induirait des nuances sans doute imperceptible par des enfants et importantes pour les spécialistes seulement. Ensuite, pour éviter que le cours ne tire en longueur inutile. Analyser un document de manière rigoureuse est exigeant, on ne peut espérer de la qualité dans ce travail s’il s’éternise.

D’une manière générale, je préfère trois bons documents que cinq moyens. Et le moins d’approches possibles en primaire.

Plus le nombre de documents est réduit, mieux c’est. C’est pourquoi une approche narrative de la question (un film, un témoignage) peut être parfois la plus pertinente. En effet, il est possible qu’un seul film dégage de nombreuses opinions sur une même problématique que ce soit par le biais de personnages secondaires ou par la prise en compte des dilemmes et hésitations des personnages principaux.

Parfois, un reportage ou un débat peut suffire également.

Sinon, on peut envisage que la classe se répartisse en différents groupes de travail, chacun ayant pour objectif de décortiquer et d’exposer aux autres une position différente.

 

Enfin, lorsque plusieurs questions de travail ont été retenues et que la classe, au choix, se répartit les thématique ou les aborde successivement, il convient de documenter chacune des approches avec autant de sérieux.

 

Obstacles prévisibles

Plusieurs obstacles prévisibles ont déjà été mentionnés auparavant. Il faut aider les enfants à cerner l’essentiel et entrer dans le document en leur fournissant une grille d’analyse. Éviter la dichotomie ou l’éclatement du raisonnement en nuances imperceptibles. Enfin, ne pas alourdir le parcours par un trop grand nombre de documents à analyser.

 

Il reste encore à mentionner le risque de survol des documents qui rend caduque toute la suite de la démarche. Très souvent, en effet, les enfants seront mis en groupe ou en travail individuel pour analyser l’un ou l’autre article. La préférence pour une pédagogie active n’est pas la seule raison de ce choix. Faire travailler les documents par les enfants évite de donner l’impression que c’est l’avis du professeur qu’on recherche. Le professeur ne s’exprime pas directement en son nom propre (durant la phase de documentation), il fait parler d’autres que lui.

De plus, cette façon de faire permet aux enfants d’apprendre progressivement à lire un document avec rigueur.

Mais alors, comment vérifier que les enfants travaillent réellement ? Il convient sans doute de construire des tâches observables, voire évaluables qui vous permettent d’en avoir le cœur net. Outre le passage obligatoire entre les bancs, le professeur peut demander de souligner dans les textes, de retranscrire en ses propres mots ou dans des tableaux, voire même de présenter une synthèse écrite qui serait évaluée. Ce faisant, le professeur augmente ses chances de voir les élèves s’investir dans la compréhension des documents et se donne des outils de vérification de leur travail.

Il faut éviter le piège de croire que, parce que les élèves sont intéressés par la thématique, ils ont envie de s’investir dans un travail de rigueur intellectuelle sur le sujet.

Il est possible de vérifier les acquis des élèves par des séquences d’exercices. On pourrait par exemple leur soumettre l’un ou l’autre document (un texte, un dessin représentant une situation avec les plus petits) et de leur demander de l’opinion duquel des interlocuteurs travaillés se rapproche le plus ce document. L’élève doit justifier en utilisant la synthèse construite en classe.

 

Un exemple de documentation chez les petits

Dans les classes du secondaire, il n’est pas difficile de s’imaginer que des articles ou des films puissent informer le sujet s’ils sont analysés correctement. Comment fait-on lorsque les enfants lisent à peine ?

L’un des outils qui me semble  pertinent est la bande dessinée fournie avec le Pomme d’Api (Bayard) dans la section « Petits philosophes ». On y retrouve quatre amis discutant d’une problématique proche des enfants de l’âge primaire. Dans leur discussion, leurs divergences apparaissent et des rudiments d’argumentation ou d’explication son formulés. Le professeur pourra s’inspirer de ce procédé pour créer différentes histoires appropriées aux thématiques travaillées. (Voir des exemples sur le site de Bayard)

 

Dans Ça veut dire quoi, croire en Dieu ? (Bayard jeunesse), on peut trouver de nombreuses pages où différentes options sont présentées sur une même thématique. La divergence est mise en avant sans jugements. Très bien fait.

Je pense que l’enseignant peut créer lui-même ce type de document s’il parvient à restituer fidèlement diverses opinions sans jugement et sans y mêler la sienne. Libre à lui d’inventer ses personnages fidèles qui viendront régulièrement illustrer les cours de religion de leurs discussions animées.

 

Poursuivre la lecture avec la phase de confrontation.