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Voici un outil pour développer la réflexivité de façon ludique : les six chapeaux pour penser d’Edward De Bono. La méthode utilise six chapeaux, six rôles, six modes de pensée à adopter face à un problème, une question, un incident.

 

Chaque chapeau a une fonction que souligne sa couleur :

 

Selon Edward De Bono, le plus grand obstacle à la réflexion est la confusion. Nous essayons d’en faire trop à la fois : émotions, informations, logique, espoir et créativité se bousculent en nous. Les six chapeaux permettent d’orchestrer nos pensées. Ils nous invitent à sortir de notre schéma habituel de pensée.

 

Le chapeau blanc : faits et chiffres

Le blanc est neutre, impartial.

Le penseur en chapeau blanc s’efforce d’être impartial et le plus objectif dans la présentation de l’information. Pas de commentaires.

Le penseur en chapeau blanc veille à intervenir avec objectivité, en se référant à des faits établis, à des données chiffrées, à des exemples universels.

Il dissocie les faits, des extrapolations et des interprétations.

Exemple : Après la récréation de 10h00, nous sommes rentrés en classe. Manon et Lucette s’échangeaient des cartes, alors que j’avais utilisé le bâton de pluie, indiquant que j’attendais l’attention de tous les enfants.  Je les ai rappelées à l’ordre plusieurs fois. Je perdais patience. Je leur ai demandé de m’apporter leur journal de classe (...)



Le chapeau rouge : émotions et sentiments

Le rouge est la couleur du sang, des passions, de la colère.

Le chapeau rouge reconnaît l’importance des sentiments et des émotions dans la réflexion.  Il exprime ses sentiments sans retenue. Sentiments et émotions peuvent servir de guides dans la prise d’une décision.

Exemple : j’ai l’impression que ça ne marchera pas.

 

En chapeau rouge, il n’est pas nécessaire de se justifier ou d’expliquer ses sentiments. On peut faire jouer la carte de l’émotivité, réagir et ressentir au lieu de progresser par phases rationnelles.

Exemple : La première primaire me fait peur… J’ai peur de ne pas être assez patiente, de ne pas me faire comprendre …

 

Les émotions ne doivent être ni logiques ni cohérentes.

 

Le chapeau noir : l’avocat du diable

Le noir est sombre, obscur, lugubre.

La pensée en chapeau noir est toujours logique. Elle est négative, mais pas émotionnelle. C’est du devoir du chapeau noir d’avertir des risques, dangers, ratés et ennuis potentiels. « Oui… mais… ».

Le chapeau noir devrait précéder le jaune. L’examen négatif fait gagner du temps.

Exemple : « Je comprends la nécessité de différencier en classe, mais dans ma classe de stage, ce n’est pas possible ». « Ma maître de stage est très traditionnelle, elle ne veut pas entendre parler de différenciation. »

La pensée en chapeau noir prévoit et explique les possibilités d’échec. Elle souligne les dangers, les risques et les erreurs de conception.

 

Le chapeau jaune : constructif et positif

Le jaune est la couleur du soleil.

Etre positif est un choix, le choix de regarder les choses sous leurs bons aspects, de ne considérer que les aspects positifs d’une situation. On cherche les avantages, les profits.

Le penseur en chapeau jaune est à l’origine des idées, suggestions et propositions. Des propositions seront faites pour résoudre un problème, apporter une amélioration ou exploiter une occasion. Dans tous les cas, la proposition est destinée à opérer un changement positif.

Exemple : Les élèves de ma classe se dissipent rapidement. Les outils de gestion de classe que j’ai mis en place ne sont pas efficaces. Je vais leur proposer des activités de rupture plus fréquentes (chant, jeu de doigts, brain gym,…).

 

Les propositions du chapeau jaune ne doivent être ni spéciales ni très intelligentes. Elles peuvent reprendre des moyens ordinaires de traiter ce genre de problèmes ou des méthodes déjà connues pour avoir servi ailleurs.

La pensée en chapeau jaune ne traite pas directement de créativité (prise en charge par la pensée en chapeau vert). La créativité touche au changement, à l’innovation, aux idées et aux solutions nouvelles. On peut être un excellent penseur en chapeau jaune et ne jamais avoir d’idée neuve. L’application efficace d’idées anciennes est un exercice propre au chapeau à penser jaune.

 

Le chapeau vert : pensée créative

Le vert est la couleur de la nature en perpétuelle croissance.

Le chapeau à penser vert traite des nouvelles idées et des nouvelles façons d’envisager les choses. La pensée en chapeau vert contribue à se libérer du carcan des idées reçues pour en trouver de meilleures. Elle traite de changement.  On fait appel à la créativité quand rien d’autres n’a marché ; mais aussi, si on a l’impression qu’on pourrait faire mieux et plus simplement.

Dans la pensée créative, on est appelé à formuler des paroles provocantes, délibérément illogiques.  Il y a à ce niveau une prise de risque.  On ne peut connaître à l’avance l’issue d’une expérience, mais on veut pouvoir la mener à bien.

Etre créatif demande de changer de point de vue. Par exemple, passer du point de vue de l’enseignant à celui des élèves, décider de penser l’inverse de ce que l’on pense généralement d’une situation, décider de donner de l’importance à un détail ou d’ignorer quelque chose qui nous encombre, décider qu’un état de choses  con- sidéré immuable peut être modifié…

Exemple : Les journées de classe sont longues. Dorénavant, l’après-midi sera consacrée entièrement aux activités manuelles et corporelles.

 

Nous pouvons utiliser les idées issues du chapeau vert comme idée tremplin.  Nous prenons une idée et nous nous en servons comme d’un tremplin pour parvenir à une autre idée tout à fait différente.

La recherche d’autres solutions implique une attitude créatrice : l’acceptation qu’il existe différentes façons d’aborder un problème. On devra faire un effort de créativité pour dépasser l’ensemble des solutions évidentes. Il faut aller au-delà de ce qui est connu, évident et satisfaisant.



Le chapeau bleu : organisateur

Le bleu évoque le froid, le ciel qui domine, mais aussi le détachement, le calme et la maîtrise.

Le chapeau bleu est aux commandes. Il organise le déroulement de la réflexion. Le penseur en chapeau bleu est semblable au chef d’orchestre. Il dirige les autres chapeaux.

La pensée en chapeau bleu ordonne les changements de chapeau. Elle nous aide à enchaîner les différentes étapes de la réflexion. Elle peut aussi servir à organiser d’autres aspects de la pensée, comme l’évaluation des priorités ou l’énumération des contraintes.

La définition des objectifs est l’un des rôles clés du chapeau à penser bleu. Poser une question est le moyen le plus simple de centrer la réflexion. La bonne question est peut-être ce qu’il y a de plus essentiel dans un travail de réflexion.

Le penseur en chapeau bleu regarde le déroulement de la réflexion. Il est à la fois le chorégraphe qui conçoit l’enchaînement des pas et le critique qui observe la scène.

 

Dans la pratique, les différents chapeaux se chevauchent. Il arrive que les chapeaux jaune et vert empiètent l’un sur l’autre. Il en va de même pour les chapeaux blanc et rouge, car il peut y avoir confusion entre faits et opinions.

 

D’après DE BONO Edward, Six chapeaux pour penser, InterEditions, Paris, 1987.
Nouvelle édition : DE BONO  Edward, Les six chapeaux de la réflexion, Paris Eyrolles, 2005.