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L’activité symbolique est une démarche propre à la catéchèse et à la pratique religieuse dont on peut s’inspirer largement pour construire nos cours de religion. Elle possède de nombreux atouts qui font d’elle un outil incomparable.

Qu’est-ce qu’une activité symbolique ? L’activité symbolique est une démarche qui mène à la réflexion. C’est une réflexion en geste, pas seulement en paroles. Elle permet aux enfants d’être impliqués plus personnellement dans la réflexion du cours. Lors d’une activité symbolique, le dire et le faire se rejoignent.

 

L’activité symbolique croise deux concepts : la parole performative et le symbole. La parole performative est une parole en acte, des mots qui font ce qu’ils disent. Par exemple, lorsque nous disons « je t’aime », « merci » ou « pardon », nos mots non seulement expriment une idée, mais font ce qu’ils disent. Un « je t’aime » échangé est une forme d’amour donné. Dire « pardon », c’est regretter et demander pardon. Dans un cadre légal, par exemple, un « oui » ou une signature sont du même ordre. Lors d’un mariage (qu’il soit civil ou religieux), les mariés sont mariés parce qu’ils se disent « oui ». Ce mot ne fait pas que représenter un engagement potentiel, il l’exprime et le confirme officiellement (et légalement).

Le deuxième axe de l’activité symbolique est le symbole. Un symbole est un signe visible d’une réalité invisible. Un objet, un geste qui représente quelque chose d’invisible. L’homme est un animal symbolique, nous exprimons des choses essentielles par des gestes. Ainsi, un baiser pourra exprimer l’amour, une accolade le soutien… De nombreuses réalités abordées au cours de religion sont de l’ordre psychologique, spirituel, humain et donc, invisibles. Les activités symboliques permettent des les rendre plus concrètes et donc réelles pour les enfants.

 

Une activité symbolique est donc bénéfique pour la compréhension de concepts abstraits et pour l’implication de l’enfant dans la tâche. Écrire une lettre de pardon, par exemple, est autre chose que définir le mot « pardon » ou d’en chercher des exemples concrets dans la vie de tous les jours. Je distinguerai les activités symboliques proprement dites où les enfants font une démarche personnelle, des activités symboliques réflexives où le professeur utilise des symboles pour illustrer ou faire découvrir un texte.

 

Exemples d’activités symboliques :

Attention, ce qui suit ne tient pas lieu de préparation. Ni les consignes exactes, ni les modalités d’application précises ne sont données.  C’est à vous de les adapter aux groupes que vous animerez. D’autre part, ces activités sont souvent des activités de conclusion, d’intégration. Le dessin, la prise de parole proposés supposent une compréhension des concepts abordés. Ceux-ci auront été travaillés auparavant en classe.

Suivez ce lien pour trouver quelques exemples d'activités symboliques créées par les étudiants de troisième bac primaire de la Haute École Galilée de Bruxelles.

 

Pierre marche sur les eaux, d’après Matthieu 14, 22-33

L’idée principale de cette activité est de travailler les notions de confiance et de peur. De foi et de doute. Lorsque Pierre quitte Jésus du regard et qu’il s’attache à la puissance du vent contraire, il perd pied, il coule et se noie dans ses peurs.

 

Activité 1 : la mer de toutes nos peurs

  • Après avoir travaillé la notion symbolique de la mer chez les hébreux (représentant la mort, le mal), la classe crée une mer (panneaux à peindre, draps,…) Les enfants vont y placer ce qui représente leurs peurs (dessins, mots scellés ou non, bricolage, photos…). On pourrait dès le départ imaginer créer une mer à partir de photos (issues de journaux par exemple) ou de dessins qui font peur ou représentent les peurs des enfants. Des mots peuvent y être écrits ici ou là. On peut éventuellement élargir à la tristesse, la colère. On est loin des « vacances à la mer » ou de la plage…
  • Les enfants créent un personnage qui les représente. Ce personnage pourrait avoir de grands pieds (qui écraseront les peurs). Il faudra aussi représenter un personnage qui représente Jésus. Et une barque.
  • Tous les personnages sont placés dans la barque. Le professeur introduit cette idée : je voudrais faire tant de belles choses, mais j’ai peur, je me noie. Le centre de l’activité est une célébration durant laquelle chaque enfant est invité à venir placer son personnage sur la mer, symbolisant ainsi son désir de vaincre ses peurs. Il peut, s’il le désire, le placer près de Jésus pour lui demander de l’aider à vaincre ses peurs. Ce faisant, il pourrait être invité, par exemple, à dire « Jésus, aide-moi à … ». Cette activité pourrait se passer des personnages et les enfants pourraient eux-mêmes, en réalité marcher sur ce qui représente leurs peurs. Peut-être l’intégration est-elle encore plus forte ?

 

Prolongations, élargissements

  • Les enfants pourraient aussi représenter l’un ou l’autre personnage représentant quelqu’un qui les aide à traverser leurs peurs. L’activité reste la même.
  • Placer des personnages dans les différents lieux et travailler la symbolique de ces lieux : il y a ceux qui sont restés au rivage, ils ne voulaient pas partir sans Jésus, ceux qui, dans la barque se sont lancés dans l’aventure, mais ont désormais trop peur pour avancer, ceux qui comme Pierre, osent se lancer dans l’aventure, même s’ils sont parcourus de moments de doute, ceux qui ont l’impression de se noyer. Chacune de ces postures peut à la fois faire l’objet d’un travail de compréhension et d’une démarche symbolique réalisée par les enfants.
  • Travailler la peur qui paralyse, qui rompt les élans. Quand je vais vers celui en qui j’ai confiance, vais-je me laisser distraire par les vents contraires et noyer dans mes peurs ?

 

Activité 2 : la marche en aveugle

  • La notion principale qui sera travaillée ici est la confiance : « N’ayez pas peur, c’est moi. » L’enfant devra faire confiance à un autre enfant malgré les vents contraires. Choisir quelques paires d’enfants qui joueront le jeu de la confiance, les autres, ceux des vents contraires, ces deux groupes recevront des consignes différentes, inconnue de l’autre groupe.
  • Un enfant a les yeux bandés, symbolisant la difficulté qu’il y a parfois à y voir « clair », son partenaire se retrouve de l’autre côté d’un champ d’obstacles. L’un guide l’autre par des indications de mouvements, lui disant de temps en temps « Confiance, c’est moi. ». Le deuxième groupe d’élèves tente de décourager l’aveugle, lui soufflant, comme le vent des raisons d’avoir peur. L’enfant écoutera-t-il plutôt son ami ou ses peurs ?
  • Cette activité sera évidemment suivie d’un débriefing : qu’est-ce qui m’a donné confiance ? fait peur ? pourquoi ? Ces idées sont à écrire puis à travailler par la suite. On relèvera sans doute des peurs ou des aides à la confiance de trois ordres : moi, le guide, le contexte.
  • Pourquoi les chrétiens peuvent-ils avoir confiance en Jésus, même lorsqu’ils n’ont pas confiance en eux ou que le contexte est menaçant ? (Chercher dans la théologie intuitive des enfants, des témoignages externes, des extraits d’évangile…) Mais comme Pierre, même lorsque l’on sait qu’il n’y a pas de raison de douter du Christ, du Seigneur, les vents peuvent nous convaincre du contraire.
  • Cette activité peut être vécue de la même manière en étant précédée d’une préparation. Le groupe du vent travaille à l’avance sur les peurs en installant les obstacles dans la classe et en les nommant/étiquetant. Quand l’aveugle s’approchera de cet obstacle, le groupe jouera sur cet aspect-là.

Le groupe guide/aveugle travaille en se donnant mutuellement confiance avant l’activité : pourquoi puis-je avoir confiance en toi ? en moi ? Se donnent mutuellement des pistes : « Voici ce que tu pourrais faire pour m’aider… »

 

L’obole de la veuve, d’après Mc 12, 41-44 ou Lc 21, 1-4

  • « Tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence. » Une personne a un plein sachet de bonbons, une autre n’en a qu’un seul. Le professeur demande à chacun des deux de partager. Le premier doit donner trois bonbons, le deuxième un bonbon à quelqu’un d’autre. Qui a donné le plus ?

Pour la personne au sachet, ce n’est pas difficile, pour l’autre, bien. L’un se prive, l’autre pas. La première ne pouvait même pas manger tout le sachet sans être malade.

  • Le professeur peut aussi diviser la classe en deux parties pour augmenter le nombre d’élèves concernés. Quelques uns reçoivent des paquets de bonbons, d’autre un seul, la moitié rien. Il y a de fortes chances que les élèves crient à l’injustice.
  • Les enfants peuvent facilement comprendre qui a fait le plus grand effort. Voir qu’on peut comprendre l’importance du don à partir de la taille de celui-ci ou à partir du sacrifice, de l’effort qu’il nécessite. La clé du texte se situe non pas dans la notion de proportion, mais de superflu ou de nécessaire.
  • Si l’enfant qui a reçu le paquet ose prétendre que c’est injuste, il doit donner 3 bonbons, lui, alors que les autres n’en donnent qu’un, la notion d’hypocrisie peut aussi être mise en valeur.

 

Le baptême de conversion et le baptême dans l’Esprit, Mc 1, 1-8

Activité 1 : « Changez vos cœurs ! »

  • La démarche de conversion est assez simple à représenter : les enfants portent autour du cou un cœur grisé, représentant tristesse et mal. Eventuellement, ce cœur peut avoir été l’objet d’une activité en soi (qu’est-ce qui, dans ma vie, me rend triste, fâché, peu fier de moi et que j’aimerais changer ?).

Ils s’avancent vers un autre enfant qui représente Jean le baptiste, celui-ci leur dit : « Changez vos cœurs, préparez les chemins du Seigneur ! ». Jean est placé sur un drap bleu qui représente le Jourdain, ou près d’une vasque qui est remplie d’eau.

Les enfants traversent le drap ou se lavent les mains en disant « Je voudrais tellement arriver à … » ou « Je promets de … » et retournent leur cœur. Ils montrent maintenant un cœur tout blanc, tout propre.

  • D’autres enfants ont fait le même travail de réflexion sur leur cœur gris. Mais, ils choisissent de s’avancer vers un enfant qui joue le rôle de Jésus et qui leur dit : « Je te donne mon Esprit, il t’accompagnera. » Cet enfant est près d’une vasque d’eau éclairée par une bougie.

Celui qui joue Jésus leur lave les mains et l’enfant dit « Avec ton aide, Jésus, je voudrais… » et ils retournent leur cœur qui est tout blanc avec un dessin de bougie l’éclairant.

 

Activité 2 : « Rendez droits ses sentiers. »

  • Cette activité est symbolique et réflexive. Le professeur a préparé un panneau représentant un chemin droit qui va de Jésus aux enfants. Il colle par-dessus le chemin des détours, barrières, montagnes, qui vont rendre ce chemin tortueux et difficile. Au-dessus de chaque obstacle est écrit ou représenté un obstacle à la rencontre de Jésus. (Par exemple, être préoccupé, le cœur fermé inquiet, jaloux, égoïste…)
  • Le personnage de Jésus s’avance sur le chemin et est bloqué par certains obstacles. Le professeur en parle avec les enfants, un enfant enlève l’obstacle et l’on découvre sous celui-ci une route droite.
  • Ensemble, le professeur et les enfants y écrivent une attitude qui permet de lever l’obstacle en question.
  • Les enfants, pourraient, en tâche d’intégration réaliser le même exercice en solitaire : ils choisissent un obstacle qui leur parle, l’illustrent par une situation concrète et quotidienne, le représentent sur un dessin et le placent sur un chemin à la base droit. Collé par le dessus, l’obstacle peut être levé pour découvrir le sentier droit. Ce sentier est lui aussi rédigé par l’enfant lui-même.

 

L’arc-en-ciel et l’armistice, l’histoire de Noé (Gn 6-9)

Activité 1 : déposons les armes (Gn 9, 11-17)

  • L’idée principale de cette activité est le constat de la non efficacité du mal pour lutter contre le mal. Le Seigneur pose son arc dans le ciel, plus jamais il ne détruira l’humanité pour la sauver.
  • Voir des photos/films d’armistice. Prendre éventuellement le temps de creuser une situation politique actuelle (à l’aide de photos/témoignages).
  • Représenter (mots, exemples concrets, dessins, …) sur des formes d’armes quelles sont nos armes, les outils dont nous disposons pour faire du mal aux autres.
  • Lors d’une démarche personnelle/collective encadrée par le professeur, chaque élève, tour à tour, vient déposer son arme qui vient s’entasser sur celles des autres. Cette activité peut se faire en silence, habitée de la volonté de « déposer les armes ».
  • Une démarche de destruction des armes (feu ? poubelle ? enterrement ?) est proposée.

 

Activité 2 : pluie/soleil (Gn 9, 11-17)

  • Le centre de cette activité est la joie douloureuse de la contrition. Douleur du regret, tristesse du mal subi/accompli, joie de la réconciliation et promesse d’un monde meilleur.

Travailler la symbolique de l’arc-en-ciel, soleil sur fond de pluie, promesse d’un temps meilleur. L’arc, arme de destruction (pluie), posée dans une promesse de paix (soleil).

  • Voir des photos/films d’armistice, relever les aspects « pluie » « soleil » de ces moments. Prendre éventuellement le temps de creuser une situation politique actuelle (à l’aide de photos/témoignages).

Voir éventuellement des images/films de réconciliation mettant en évidence ce sourire/larmes du pardon.

  • Le visage d’un personnage est dessiné : il pleure (des larmes coulent de ses yeux) et ses yeux sont plein d’étoile (une étoile « manga » dans les yeux) la bouche ouverte et souriante s’ouvre sur un phylactère vide. Dans les larmes, les enfants écrivent leurs regrets (« je t’ai fait du mal, j’en ai conscience », citer la souffrance infligée). Dans les yeux leur joie (« j’ai de la chance de te connaître », ce que tu es pour moi). Dans le phylactère, une promesse (« je ne veux pas te perdre, tu es trop important pour moi, je voudrais que le mal ne nous sépare plus. »).
  • Des grandes gouttes d’eau peuvent être représentées en classe rassemblant des éléments « pluie » des enfants, des rayons de soleil la joie (dessinés/écrits). Un arc-en-ciel paré de belles couleurs encadre le tout. Y est écrit : « Je regrette de t’avoir fait souffrir, plus jamais je ne te ferai de mal. »

 

Activité 3 : Si je réponds au mal par le mal, qui de nous restera pour voir l’autre détruit ? (Gn 6,7 -7,23)

  • L’activité commence par des jeux de rôles ou des enfants sont mis dans des situations où il leur est fait du mal, ou bien ils en sont témoins. Quelle va être leur réaction ? Comment répondent-ils au mal ? Les autres observent et notent. En groupe classe ou sous/groupe.
  • Mettre en évidence que la vengeance/punition va souvent appeler un désir de vengeance en retour. Jusqu’où va-t-on aller ?
  • Dessiner une ligne « histoire de la violence » où la simple dispute débouche finalement sur la séparation, le meurtre, qui, sait, la guerre.
  • Chaque enfant peut réaliser pour lui-même une histoire semblable qui lui est arrivée, ou qu’il craint. Jusqu’où cette dispute va-t-elle mener ? Cette histoire peut le concerner personnellement ou l’un de ses proches.
  • Chaque enfant reçoit un petit arc-en-ciel à colorier sur lequel il est écrit en grand « STOP ». Au verso l’enfant écrit lui-même : « Cher papa/maman/ami mon amitié/amour pour toi est plus important que le mal que l’on s’est fait. Aujourd’hui, je ne veux plus te faire de mal pour me venger. » Il peut le placer sur l’histoire représentée.

 

Prolongations, élargissements

  • On peut attirer l’attention des enfants sur le fait que, plus on attend pour faire « stop », plus la violence et la gravité des enjeux rendra cet acte difficile.
  • Un code (geste, dessin,…) pourrait être inventé par les enfants de la classe qui symbolise ce « stop ». Entre eux, ou lorsqu’ils sont témoins d’une dispute, ils pourraient l’utiliser ? Un simple stop signé de la personne en conflit à une autre pourrait être déposé sur son banc lors d’une récréation, par exemple.